Rentrée : ce que veulent vraiment les instits

Ca ne vous aura pas échappé, c’est la rentrée ! Je me suis demandée ce que veulent les enseignants pour leur rentrée. Et ce n’est pas forcément une augmentation…

Des élèves heureux

Pas des élèves sages comme une image (c’est pas drôle !), pas des petits singes savants, les enseignants veulent voir leurs élèves HEU-REUX ! Heureux de venir à l’école, heureux de repartir chez eux, heureux dans leur vie d’enfant et bien dans leurs baskets !

Des formations

Depuis quelques années, la pédagogie a fait de grands pas : bienveillance à l’école, éducation positive, climat de classe, re-découverte de Montessori et Freinet, et bien sûr neurosciences… Les enseignants réclament des formations sur ces sujets et se retrouvent trop souvent confrontés à des formations purement didactiques et ciblées sur des disciplines. Les élèves à besoins particuliers (DYS, HPI, TDAH,…) mériteraient également qu’on leur consacre des formations. Les instits se retrouvent souvent à suivre des stages ou conférences sur leur temps (et leur budget) perso… Les enseignants manquent également cruellement de temps d’échanges, de groupes de parole, de débriefing,.. alors ils font des apéros entre profs !

Du budget

Bah oui, il fallait en parler à un moment : L’argent le nerf de la guerre ! Les disparités entre les écoles sont flagrantes : certaines écoles restent bloquées à 40 euros par enfant quand certaines sont à presque 100 (budget communal, par an bien sûr). Entre le budget très limité, le monopole des boites spécialisées « affiliées mairie », la coopérative scolaire qui peine à faire rentrer 3 francs 6 sous, les enseignants se retrouvent très (très) souvent à acheter du matériel sur leur propre denier. Trouver un poste de musique avec une prise casque ET une prise USB relève d’un défi Pékin Express. C’est certainement un des seuls métiers salariés où l’on dépense de son salaire pour travailler (Levez la main les instits qui ont acheté la plastifieuse Liddle cet été, ou des coussins à IKEA, ou des charriots roulettes à Action !).

Une médecine scolaire et du travail

C’est toujours un crève-coeur quand on ressent un enfant en difficulté : qui n’a pas de lunettes mais qui plisse des yeux toute la journée, qui marche les pieds rentrés, qui n’arrive pas à articuler certains sons,… On guette alors le passage de la « médecine scolaire ». Souvent ce médecin sera le premier (hormis la maitresse mais ça rend pas pareil) à alerter les parents et à enclencher la boucle du dossier MDPH éventuellement. Malheureusement les médecins scolaires, infirmiers scolaires, médecins de PMI et autres sont débordés. Les psychologues scolaires également ont tellement d’élèves à charge qu’ils ne peuvent faire que des entretiens « de détection » et pas de suivi et très très peu de bilans… ne parlons même pas de la médecine du travail pour les enseignants…

Des effectifs corrects

Chacun se fait son idée du seuil « d’effectif correct » et il ne correspond certainement pas au seuil d’ouverture de classe officielle (l’algoritme  culmine à 28/29/30 selon les années et les académies). Pour moi, c’est à 22-23 élèves que je vois une différence, à 26-27 ça commence à devenir pénible et pénalisant (le temps d’attention par enfant est forcément divisé, les possibilités de sorties et d’activités qui sortent de l’ordinaire se réduisent également, sans parler de la correction des cahiers).

Des parents d’élèves impliqués

impliqués, c’est beaucoup dire, mais au moins qui signent les mots des cahiers, font les devoirs avec leurs enfants ou préparent le sac de piscine. (Aparté = j’entends complètement que certains parents ne soient pas en capacité de faire les devoirs avec leurs enfants ou de déchiffrer les mots du cahier de liaison : il faut alors que l’enseignant soit suffisamment à l’écoute pour que les parents se confient et pour mettre en place des stratégies avec leur enfant). Des parents à l’heure, ça rend les temps de transition moins stressant aussi : qui n’arrivent pas à 8H54 au lieu de 8H30, ni a 16H48 au lieu de 16H30. Et oui la maitresse ne dort pas à l’école : On a une vie avant, on a une vie après (et votre enfant vous en voudra pendant très longtemps 😉 !)

De la reconnaissance

De la quoi ? lol C’est tellement fatiguant d’entendre  » vous ne bossez que 24 h »  « avec toutes les vacances que tu as… »  » C’est un peu comme un temps partiel du coup… ». Qui dirait à un boulanger qu’il travaille seulement aux heures d’ouvertures de la boulangerie ? Bah les enseignants c’est pareil (les statistiques donnent une moyenne de 44H par semaine…). Alors des fois un peu de reconnaissance ça fait plaisir ! Pas des fleurs, pas des chocolats ni des ronds de jambe, mais un mot sympa ou un encouragement, on prend ! Même si la meilleure reconnaissance, elle vient des élèves chaque jour :)

Bonne rentrée à tous :)

 

 

 

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. batice71 dit :

    Tellement vrai surtout les parents en retard le matin et le soir ainsi que les achats sur notre salaire ! Comme tu dis, on a une vie après voire des réunions !!!
    Bonne rentrée !

  2. zinix dit :

    entièrement d’accord avec vous. Et je pense que cela fait consensus. peut-être suis-je optimiste, mais je trouve que ce type de considération devient de plus en plus partagé à tous les niveaux, en comparaison avec ce qui se faisait il y a 20 ans.
    un seul bémol sur votre post : contrairement à ce que vous dites : dans la quasi totalité des métiers salariés, il faut consacrer un budget personnel pour pouvoir travailler.
    pensez simplement aux métiers commerciaux ou qui travaillent en bureau, les hommes, notamment, doivent acheter des costumes, cravates et chaussures, qui serviront uniquement à travailler et ne seront jamais utilisé dans le cadre personnel. et c’est un gros budget annuel.

  3. Ysaline dit :

    Bonsoir,

    Ce n’est pas l’un des seuls métiers où l’on dépense sur son salaire pour optimiser les conditions de travail.
    Je compatis pour la non-reconnaissance de certains parents, le manque de respect des horaires, l’absence d’implication des familles sous prétexte que c’est à la maîtresse de le faire…
    Il n’est pas rare que ce soit les enseignants qui suppléent aux parents pour l’apprentissage de la politesse, du respect, … à différentes tâches relevant de l’éducation familiale. Quand il est question de faire prendre le petit-déjeuner à l’école, je me dis qu’on pourrait peut-être aussi proposer que les douches se fassent après la classe. Et encore quoi ? On croit rêver… Il faudrait peut-être rappeler aux familles leur rôle et les valeurs éducatives qu’elles doivent transmettre à leur progéniture. Cela permettrait aux enseignants d’avoir plus de temps pour accomplir les tâches qui leur incombent.
    Bon courage et belle rentrée !

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