De la charge mentale écologique (ou la femme qui ne voulait pas faire des Tawashi)

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Je suis face à un paradoxe que j’ai besoin de démêler : Peut-on être une femme, mère de famille nombreuse, active, indépendante financièrement, et fabriquer des éponges avec ses collants filés (les Tawashi) ? Attention, je n’ai rien contre les personnes qui fabriquent des Tawashi :  au contraire, j’admire leur motivation et leur engouement. Il s’agit plutôt d’une métaphore qui alimente ma réflexion sur l’opposition entre les produits faits maison, le souci de l’écologie et au contraire le rythme de vie au quotidien des mères qui travaillent.
La protection de l’environnement et la réduction des déchets devient une évidence, vu l’état de notre planète… Depuis quelques années cela devient de plus en plus important pour moi. J’ai modifié plusieurs de mes comportements : je suis attentive aux emballages, je privilégie les circuits courts, je trie mes déchets, j’ai même adopter la fameuse « cup » à la place des Tampax (oui, aujourd’hui, je me livre, vous saurez tout !).
 
MAIS
 
Je suis sceptique sur les sursollicitations de DIY (Do It Yourself, le fait maison) que subissent les mères de familles : laver les couches, faire ses propres éponges avec ses collants filés, aller en courses avec ses boites Tupperware pour éviter les emballages à la boucherie, n’est ce pas tout simplement une façon de renvoyer la femme/la mère à ses tâches domestiques, au foyer, aux petites choses du quotidien ? un avilissement nouveau de la femme du XXIème ?
 
Ce n’est pas juste une questions rhétorique pour moi, c’est un vrai dilemme, presque philosophique : doit on choisir entre écologie et liberté ?
 
Nous (pas moi directement hein, c’est un « nous » qui concerne les femmes en général) nous étions affranchies de la corvée de lessive au lavoir, nous avons arraché le droit de travailler, d’être indépendant financièrement,… pour se retrouver 50 ans plus tard à mélanger du bicarbonate de soude et râper du savon ! Il ne faut pas se leurrer, toutes les statistiques prouvent que la majorité des tâches ménagères, surtout les plus « petite fourmi » du quotidien, sont réalisées par les femmes…
 
Cela fait, de façon inconsciente, peser la charge de l’écologie sur leurs uniques épaules :  » C’est de ta faute si la planète va mal, tu as encore acheter des PomPotes aux enfants ! »… Bien sur, il y a la satisfaction du « ça vous plait, c’est moi qui l’ai fait ! » que procure les activités manuelles comme la couture ou le bricolage. Mais ce n’est pas la même chose d’en faire un loisir ou d’en faire un sacerdoce et dépend du degré de contrainte que l’on y met : fabriquer mes propres éponges en tissant mes collants filés me plait, cela me procure de la joie, de la satisfaction personnelle, ou alors je suis « obligée », moralement , par la pression de la société, par mon inquiétude pour la planète, par mon entourage qui me culpabilise de le faire ?
Quelle ironie pour le collant, cet accessoire de mode qui symbolisait la féminité, la liberté, la libération de la « working girl », se retrouve ainsi jeté en pâture pour gratter des casseroles…
Du coup, pour fabriquer ses éponges en collants, « la femme » doit trouver une denrée rare : du temps (j’imagine bien que fabriquer un Tawashi ne prend pas un temps infini, je parle plutôt du temps « cumulé » pour toutes les petites ajustements écologiques et DIY de la maison). Va-t-elle rogner sur son temps de ménage, sur son temps de courses ? Non, elle va rogner sur son temps de repos (les statistiques prouvent également que les mères dorment beaucoup moins que les pères), sur son temps personnel, voire à moyen terme sur son temps de travail… La boucle est bouclée !
Si on ne fait pas rentrer très vite l’autre moitié de l’humanité – les hommes- dans l’équation  » écologie /entretien domestique/DIY  » et que l’on arrête de penser cela uniquement comme un désir de bonne femme qui veut jouer à faire de la sous-chimie ou à mélanger des trucs pour passer le temps et faire briller leur maison , le cercle vicieux va continuer, et les femmes vont à nouveau (si tant est que cela ait cessé un jour) se retrouver à plier sous le poids des injonctions de la société…

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