Ne jamais oublier – ma rencontre avec la Shoah

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Le tout premier contact que j’ai eu avec le judaïsme, je le dois à ma camarade de classe Sarah et son frère Mickaël, en CP. J’admirais  Sarah car elle avait de longs cheveux bouclés et des cols Claudine pendant que j’arborais une coupe au bol et un jogging flou (oui, je suis bien une enfant des années 80…). Je trouvais son père très classe, avec son long manteau et sa barbe (même si son petit chapeau était franchement étrange). La seule chose que je ne jalousais pas à Sarah était son déjeuner : Dans l’immense réfectoire de l’école Simon Bolivar, en plein Belleville, on servait à Sarah et son frère, comme à beaucoup de nos camarades, des oeufs durs à la béchamel à place de la viande. Et cela ne posait de problèmes à personne (je vous l’ai dit, c’était les années 80).

Quelques années plus tard, j’avais le privilège (du moins je le prenais comme ça !) de rester à l’école après la classe, pendant que ma mère corrigeait ses cahiers. Je l’attendais souvent dans la « BCD » (ça aussi, c’était le XXème siècle…) où j’avais découvert un grand livre qui expliquait la seconde mondiale. Les photos des détenus libérés m’avaient effrayés et hypnotisés à la fois et je me souviens l’avoir feuilleté plus d’une fois en ayant l’impression de faire quelque chose de mal.

Arrive les années collège, j’ai lu et relu avec grand plaisir Mon Ami Frédéric, histoire classique d’une amitié entre 2 garçons dans les années 40. Puis arriva « La vérité si je mens ! », que j’ai découvert avec tant de délice que mon grand-père m’avait offert la VHS à Noël ! La convivialité, les expressions, les rituels, les quiproquos aussi… Un pan de la culture juive s’est ouvert à moi par ce film, certainement très cliché j’en suis conscience.

Puis j’ai vu comme nous tous, La vie est belle, le puzzle commence à se compléter. Même si c’est un film, même si la musique est superbe, même si les décors sont en carton, même si ce père et ce fils, même si, même si, on ne peut que se rappeler que ça a vraiment existé, il n’y a pas si longtemps, il n’y a pas si loin.

Je me suis aussi rendue compte que c’était beaucoup moins glamour de « faire allemand » (cette langue qui avait si mauvaise sonorité et si mauvaise réputation) que faire espagnol… Mais que allemand ne voulait pas dire nazi et vice versa.

Au lycée, au fil des cours d’histoire, j’ai colorié des cartes, appris des dates, étudié des documents, retenu des nombres de morts à 6 ou 8 chiffres,… On a « compris » la Seconde Guerre Mondiale. Au lycée, j’ai aussi vécu les Tours Jumelles en quasi direct et j’ai compris que tout le monde n’était pas méga open niveau religion.

En tant qu’enseignante, j’ai « pris plaisir » je ne sais pas si c’est le bon terme, à enseigner la Seconde Guerre Mondiale à mes premiers élèves,

Il y a quelques années, au détour d’un voyage romantique au Pays Bas, nous nous sommes rendus à l’Annexe. Moi qui avais lu et relu Anne Frank, qui m’étais projeté en elle, ce fut un moment très émouvant. J’ai rarement vu un lieu aussi silencieux.

L’an dernier, à « l’occasion » (pardon pour l’expression mal choisi) du décès de Simone Weil, j’ai lu -pour la première fois- son autobiographie Une Vie. Si j’ai particulièrement savouré la deuxième moitié sur son ascension politique, j’ai été happé par la première partie, son récit du quotidien dans le camp, son retour aussi, sa résilience.

Aujourd’hui, mes élèves sont trop petits pour que je leur parle de tout ça, mais je leur apprends chaque jour à s’aimer les uns les autres et à faire fi des différences. Je leur apprends la cohésion, le partage, le respect.

Je réponds aux questions de mes enfants, je leur ai acheté Mon Ami Frédéric, le Journal de Anne Frank en BD, j’essaie au quotidien de leur enseigner la tolérance, le respect de l’autre ; sans leur cacher la cruauté de l’homme.  Rien d’exceptionnel, que du normal.

16% des français n’ont pas entendu parler de la Shoah.

Je ne suis pas juive, personne de mon entourage ne l’est non plus, je n’ai même jamais lu la Torah. J’ai simplement, tout au long de ma vie, pris conscience de la Shoah, à travers des oeuvres culturelles notamment. A-t-on besoin d’être judaïque pour se sentir concerné par l’Holocauste ? Doit-on être touché dans sa chair par une cause pour la défendre ? Je pense que non, et heureusement. 

le 27 janvier, en plus d’être la fête de ma petite soeur, c’est l’anniversaire de la libération d’Auschwitz.  

Ne jamais oublier.

 

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