De l’importance de l’histoire du soir (11 bonnes raisons de lire à et avec ses enfants)

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu mes parents lire (petit clin d’oeil à mon père qui part en vacances avec une valise remplie de livres). Mes héros d’enfance n’étaient pas Les Power Rangers mais Hellen Keller et Matilda. Aucun voyage en train ou en voiture ne se passe sans avoir un livre dans mon sac et je ne résiste jamais à l’envie de passer les portes d’une librairie. Transmettre le gout de la lecture à mes enfants (et de façon plus large à mes élèves) est pour moi essentielle. A travers la lecture du soir, il se passe tellement de choses…

(illustration Harry Potter pour mon fils qui se réveille la nuit pour finir son livre)

  • On partage un moment en tête à tête 

Avec le quotidien et le triangle infernal DBP (Douche-Bain-Pyjama), l’histoire du soir reste un des rares moments où on se retrouve en tête à tête avec son enfant. Dans les familles nombreuses, c’est d’autant plus difficile… J’avais essayé de lire l’histoire à mes deux grands en même temps, mais ça ne rendait pas pareil, j’étais revenue à la classique histoire individuelle dans le lit. (Maintenant qu’ils ont 9 et 10 ans, ils préfèrent bouquiner au lit tout seuls, les moments où ils demandent une histoire sont très rares…)

  • On structure dans le temps 

Les routines et rituels aident les enfants à prendre des repères pour se structurer dans le temps. Il va vite se rendre compte que l’histoire arrive après le repas et juste avant de faire dodo. vous pouvez jouer à fond la carte du rituel en allumant une petite bougie spéciale comme LA bougie Zéro Faute développée spécialement pour stimuler par la mémoire olfactive. Si vous ne pouvez pas prendre le temps de lire une histoire chaque soir, variez les routines avec des histoires CD, une chanson ou un massage. Parfois ma fille de 3 ans 3/4 (elle a 4 ans dans un mois mais je me sens pas encore légitime pour dire qu’elle a 4 ans) demande une histoire pour la sieste, on lui explique que c’est le « petit dodo » et que l’histoire c’est pour le « gros dodo ».

  • On se rapproche physiquement 

Certaines personnes ne sont pas tactiles, même avec leurs enfants. Il y a aussi des enfants qui ne supportent pas de faire des bisous à leur parent en public et préfère réserver ce moment au coucher. La proximité physique lors de l’histoire du soir peut favoriser les câlins, les p’tits bisous. Il a été prouvé scientifiquement que les câlins sont bons pour la santé :  ils font sécréter des endorphines, réduisent le stress, apaisent. Mon fils m’avait dit il y a quelques années  » Quand tu me fais un câlin, tu me dis je t’aime en silence ! ».  <3

  • On développe ses compétences de lecteur 

Selon Bruno Suchaut, spécialiste du temps scolaire, il faut 35 heures de sollicitation quasi individuelle de chaque élève fragile durant son année de CP pour être certain qu’il apprenne à lire (selon des calculs sur les programmes, les méthodes, le temps d’engagement de chaque élève). Or, les observations qu’il a menées avec la chercheuse Alice Bougnères de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu) l’ont conduit à la conclusion que le temps moyen durant lequel chaque élève travaille effectivement ses compétences en lecture est de 20 heures. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire classe à votre enfant après le diner ni de le faire lire à voix haute (ce qui risquerait d’avoir l’effet inverse et de rendre ce moment désagréable) mais de lui proposer un petit temps d’exposition quotidien. Vous pouvez pointer de votre doigt le texte que vous êtes en train de lire, lui faire remarquer les nouveaux mots (Plus on a vu le mot écrit, plus on a de chance de l’écrire correctement par la suite). Vous pouvez aussi si votre enfant est partant faire une lecture à 2 voix (une phrase chacun, ou un mot de temps en temps pour lui). Cela le fera beaucoup progresser mais il progressera aussi beaucoup rien qu’en écoutant votre ton ou en observant vos stratégies de lecture (vous pouvez lui expliciter par exemple comment faire quand on lit à voix haute et que l’on doit tourner la page).

  •  On se déconnecte 

On va pas se mentir, nous passons notre temps téléphone portable à la main, tablette devant les yeux, ordi sur les genoux ou avachis devant la télé… L’histoire du soir, c’est un des très rares moments où je pose mon téléphone (sauf pour faire une photo s’ils sont trop mignons). On peut enfin reposer ses yeux des sollicitations des écrans de la journée.

  • On décrypte ses émotions 

La peur, la vengeance, la tristesse, l’abattement, le courage,… Les histoires pour enfants et particulièrement les contes ou romans de cape et d’épées regorgent d’émotions fortes. Au fil de la lecture, on peut questionner son enfant sur les émotions et les sentiments des personnages, leurs causes et leurs conséquences : Comment se sent le héros ?  Pourquoi ? Comment pourrait-il faire pour transformer cela ? Bien sûr, c’est l’occasion de faire un parallèle avec les états de votre enfant voire les vôtres si vous souhaitez aborder un sujet un peu lourd en particulier.

  • On développe son imaginaire

Nous sommes dans une société où l’imaginaire est peu développé : tout est décrypté -et même servi sur un plateau- : les intrigues des dessins animés sont inexistantes et les scénarios dans les livres de lecture d’écoliers sont très pauvres. Alors, un peu de folie, place à l’imaginaire ! Observez ensemble la couverture pour recueillir ses impressions : il parle de quoi ce livre ? Qui c’est ce personnage ? A ton avis, il va où ? Cela rejoint le décryptage de ses émotions et de sa personnalité. On peut aussi arrêter la lecture à un passage crucial et se demander ce qu’il va se passer ensuite. Pour une fois, les images ne viennent pas à nous depuis l’écran, on se crée chacune notre propre pellicule. La suite au prochain dodo ! Vous pouvez être certain que votre enfant s’endormira en imaginant une suite délirante (qu’il pourra vous raconter le lendemain soir, ou qu’il voudra peut-être dessiner…).

  • On découvre le monde 

Avec un livre, c’est une fenêtre ouverte sur le monde depuis son lit : Voyages à travers les époques pour les enfants se passionnant pour la préhistoire, les chevaliers ou l’Egypte antique,… Découvertes d’autres modes de vie, d’autres habitudes, d’autre cultures,… Il est difficile pour les jeunes enfants de concevoir que tout le monde ne vit pas comme nous. Parfois simplement au détour d’un chapitre ils découvrent que les anglais mangent des oeufs et du bacon au petit déjeuner et en ressortent fascinés. La collection Harrap’s Mysteries proposent des romans en français et en anglais (l’histoire est mélangé, il n’y a pas de traduction) à partir de 9 ans, ils sont vraiment supers et les histoires se passent toujours dans des lieux anglophones emblématiques. Un risque cependant : après le virus de la lecture, vous risquez de transmettre le virus du voyage !

  • On se confie

On y vient justement : le climat que vous avez réussi à instaurer (proximité physique, moment privilégié en tête-à-tête sans écran,…) est propice aux confidences. Sans faire un interrogatoire, si vous souhaitez discuter avec votre enfant d’un sujet qui semble le préoccuper ou que vous aimeriez avoir ses confidences, c’est le moment ! Certains enfants timides n’aiment pas être regardés dans les yeux, du coup le fait d’être côte à côte dans le lit peut aider à se confier plus en douceur…

  • On affine sa personnalité et ses gouts

Proposez-lui des types différents : contes, bandes dessinées, albums contemporains, mangas, magazines, romans d’aventures, séries,… Avec cet éventail, il ira plus facilement vers un style ou l’autre constituera son petit « répertoire de lecteur ». Lors de la lecture, il va s’identifier à tel personnage plutôt qu’un autre, il va forger sa personnalité et ses traits de caractère. Il va au fil du temps apprendre à justifier ses choix, découvrir quelles sont les valeurs importantes pour lui. Vous verrez son caractère se dessiner au fur et à mesure des lectures.

  • On transmet le gout de la lecture 

Quand votre enfant commence à lire assez bien pour le faire seul et comprendre ce qu’il lit (globalement, au CE1), il ne voudra peut-être plus de « l’histoire du soir ». Pour ne pas avoir la sensation d’être renvoyé du jour au lendemain après des années de loyaux services, vous pouvez décrocher petit à petit : commencer le premier chapitre et le laisser poursuivre, lire au milieu ou découvrir la fin avec lui. Votre parcours de  » guide du petit lecteur » ne s’arrête pas là : emmenez-le à la bibliothèque, dans les librairies, offrez-lui des livres, présentez-lui les classiques, passez-lui ceux que vous avez adorez, prenez soin de vos livres,… Parlez-lui des livres que vous lisez, discutez des intrigues, faites vivre les personnages. Qui a lu, lira !

droits_du_lecteur_de_Pennac

droits du lecteur de Daniel Pennac

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Rebours janig dit :

    Quel plaisir de vous lire et d être en harmonie avec tout ce que vous écrivez conseils pour la rentrée , conseils pour la lecture , j ai 72 ans et suis toujours instit dans la tête ( 8 ans de cp et 29 ans de grande section de maternelle ) j ai adoré … 4 enfants et 5 petits enfants …un plaisir renouvelé ….. et beaucoup de livres offerts notamment de l école des loisirs ….
    Je vous souhaite une excellente rentrée
    Janig

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