Je n’aurai plus d’enfant, ce soir

A  34 ans, j’ai choisi de me tourner vers la contraception définitive. C’est un long chemin, mais surtout un chemin tortueux et sinueux…

Je suis ce que l’on peut appeler une femme hyper-fertile. En fait, je ne sais même pas si ce terme existe médicalement, mais il s’avère que je tombe enceinte très -trop- facilement. Je n’ai jamais connu les courbes de température, les doigts croisés en attendant le jour J, les galipettes planifiées. J’ai plutôt connu les tests de grossesse systématique à croiser les doigts pour ne pas voir une petite croix apparaitre…

J’ai été maman pour la première fois assez jeune, et une deuxième naissance quasi dans la foulée. A 25 ans, j’avais 2 enfants en pleine santé, « le choix du roi » et je calculais déjà qu’à ce rythme-là je ferai ma crise de la quarantaine en même temps que mes enfants feront leurs crises d’ados.  Je pensais et ne voulais plus avoir d’autres enfants.

Puis j’ai « refait ma vie » (ouh qu’elle est moche cette expression) et j’ai eu le bonheur d’avoir une petite fille.

depuis ma majorité, j’ai eu : 6 grossesses, 3 IVG, 3 péridurales ratées, 1 ventouse, une centaine de touchers vaginaux, une hystéroscopie, une dizaine de frottis, une biopsie du col de l’utérus, un placenta inséré bas, une béance du col, un accouchement prématuré, 3 pertes des eaux trop tôt,… Je vous passez les détails gore à base de saignements, de nausées, de malaises, de perfs ratées,… le quotidien des mères me direz-vous.

Niveau contraception, j’ai tout essayé : la pilule qui ne fonctionnant pas, je me suis tournée vers le stérilet – pas en cuivre, trop risqué sur moi : le Mirena bourré d’hormones. Qui n’a jamais eu une pose de stérilet, c’est le même système que le parapluie : on introduit fermé, et pof on déplie ! Mise à part les fils de pêche dans le vagin, tout va bien. Jusqu’au jour (bon, 3 ans après la pose mais bon quand même) où j’ai ressenti une sensation pas comme d’habitude : ce n’était plus les fils mais le stérilet lui-même… Coup de fil aux urgences gynécologiques en panique « Oh bah maintenant que c’est là, ce n’est pas la peine de venir : vous n’avez qu’à tirer doucement sur les fils, la suite suivra… » J’en ai entendu des choses désobligeantes en gynécologie mais celle-ci est dans mon top 5… 15 jours plus tard je découvrais ma grossesse, comme si le petit embryon avait voulu faire de la place …

J’ai essayé aussi l’implant : moi qui stresse pour une prise de sang, j’ai pris sur moi pour accepter l’idée d’avoir un petit baton implanté sous ma peau. Désagréable sensation bionique, démangeaison autour de l’implant, sautes d’humeur (ça je vous l’accorde, ce n’est pas forcément de la faute de l’implant ou de la pilule, pas toujours facile à identifier…). Je l’ai fait retirer au bout de quelques mois, avec la décision de passer à la ligature des trompes.On commence aussi à se questionner sur les hormones, les tampons, et je n’ai pas envie de « manger des cachets » pendant encore 10 ans chaque matin – surtout si je ne suis pas complètement sereine sur leur efficacité.

Mère de 3 enfants, femme adulte et censée, ne trouvant pas de contraception adaptée, je pensais que ce serait très simple. Erreur, que n’ai-je pas entendu. Vous connaissez la difficulté d’avoir RDV avec un gynéco, encore plus un gynéco qui ne vous suit pas habituellement… Mes nombreux RDV hospitaliers m’ont permis de rencontrer différents professionnels et d’échanger sur le sujet. J’en ai conclu que mon mari risquait de me quitter dans quelques années pour craquer sur une midinette de 20 ans qui lui demanderait des enfants, que j’aurai une crise existentielle à 40 ans et que je voudrais « faire le petit dernier » (certainement pour solidifier mon couple qui tournerait mal…) voire que mes enfants n’étant pas à l’abri d’une maladie grave ou d’un accident, je pourrai potentiellement me retrouver sans enfant et vouloir recréer une famille pour combler mon deuil… Oups…. 

Bien sur, nous nous sommes posés la question de faire une dernier enfant, on a même eu une période « pourquoi pas ».  5 enfants à nous deux, de 3 à 9 ans, nous sommes déjà en mode « famille nombreuse »la plupart du temps : double caddie, monospace, casseroles XXL, panier à linge sale qui déborde, allers-retours à l’orthophoniste/orthodontiste/danse/compet’ en tout genre… Puis nous nous sommes retrouvés devant le fait accompli, et nous avons décidé de ne pas continuer l’aventure bébé. Plus l’énergie de recommencer les couches, les nuits, les pyjamas, sans parler du reste (en gros, élever un enfant !)…

C’est vrai que j’ai l’âge moyen où les françaises découvrent la maternité. Mais je ressens profondément que maintenant, le temps de la maternité est finie pour moi (j’ai même sorti du garage mon carton d’habits de grossesse que je gardais au cas où). Comme toutes les mères, j’ai regardé Baby boom et Super Nanny. J’ai fait des purées maisons et acheté des pompotes. J’ai fait couler des bains, changé des couches, descendu le lit à barreaux d’un étage, stérilisé des biberons,… Mais ça y est, j’en ai mon compte de la maternité. J’ai adoré ces moments, s’occuper de son enfant en bas-âge est une expérience fantastique,  maintenant j’aspire à m’occuper de mes enfants « grands », à quitter les langes pour aller vers autre chose.

Ma vie, ma féminité, mon accomplissement, ne passera  plus par la grossesse et la naissance. Je veux emmener mes enfants au collège, je veux passer du temps avec eux sans devoir leur moucher le nez ou leur couper la viande, je veux qu’on fasse du ski ensemble, du canoé, qu’on aille au ciné, qu’on joue à des jeux de société (autre que crock’ carotte). Puis il faut être honnête : je passe mes journées avec des enfants d’une moyenne d’âge de 3 ans,  même si ce ne sont pas mes enfants, ls sont tous un peu mes enfants pour quelques mois au moins… J’ai donc encore de nombreuses parties de Crock’carotte, de peinture aux doigts et de petits nez à moucher devant moi ; )

Maintenant que je ne ressens plus l’envie de pouponner, je n’envie même pas mes copines enceintes ou jeunes mamans. Et ça, c’est vraiment le signe que c’est fini !

Alors ça y est, j’ai trouvé le gynéco qui n’a pas essayé de me convaincre que c’était une mauvaise idée, qui n’a pas mis ma féminité ou mon couple en doute, qui n’a pas posé de questions ! Après le premier RDV, les 4 mois d’attente pour confirmer, je passe très bientôt sur le billard. Avec appréhension (pour l’opération), mais avec certitude !

un article très intéressant sur la contraception définitive quand on n’a pas d’enfant : ici

en musique : de J’veux un enfant à La marmaille jusqu’à celle-ci

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *