Tous les enseignants de ma vie

Aujourd’hui c’est la journée des enseignants ! Oui, vous savez ceux qui ont 4 mois de vacances et finissent à 16H30 😉  Ceux aussi qui bossent jusqu’à minuit sur leur ordi, passent le dimanche aprèm à l’école, ceux qui  pensent à leurs élèves sous la douche, en ballade dominicale ou en posant la tête sur l’oreiller, qui saoulent leurs conjoints à raconter les péripéties du petit Kevin et de la maman de Dylan :) Bref, vives les enseignants !

Quand j’étais petite, venant d’une famille estampillée « Education Nationale » dans chaque génération, je n’imaginais pas d’autres métiers. Alors bien sûr je suis passée par les quelques lubies qui ont plus ou moins duré : vulcanologue à ma période Maurice et Katia Kraft, Archéologue à ma période Jurrasic Park, kiné-directrice d’un centre de remise en forme – inspirée par une lecture d’un Mary Higgings Clark se déroulant dans un centre de remise en forme et par ma Tatie femme de kiné qui était un peu mon modèle de féminité :), mais je suis à chaque fois vite revenue par la case « prof »…

Pour fêter ce jour j’ai voulu « faire honneur » aux enseignants qui m’ont inspiré.

D’abord les enseignants fictifs qui ont nourri mon enfance et contribuer à l’image d’Epinal que je me fais (faisais ?) de la profession : Laura Ingalls et Joseph Pagnol. Deux styles complètement différents, mais qui ont en commun la respectabilité   et l’émancipation sociale que permettaient à l’époque ce métier.

Laura Ingalls, passée en un clin d’oeil du banc d’élève à l’estrade de sa classe unique de campagne, où les élèves rapportent une pomme à la maitresse, vont se baigner dans la rivière après la classe et gambadent librement autour de l’école en guise de récréation (autant dire que Vigipirate est très loin…).

Joseph Pagnol, le « bon père de famille » à l’époque de l’uniforme, surpris par la lecture de son fils-pas-sage-puni-par-sa-maman qu’il va préparer à un concours (je ne sais plus bien lequel ?). Joseph Pagnol la classe du début du 20ème siècle, le maitre d’école par excellence, jusque dans sa maison, et qui rêve des palmes académiques… Bon je ne suis pas très objective Le château de ma mère étant dans le top 5 de mes films préférés.

Après, forcément, mes parents (que je remercie et sans qui je ne serai pas là ce soir…. lol)

Mon père, historien spécialisé, qui sait tout sur tout (j’imagine déjà sa tête quand il va lire ça et je l’entends quelques secondes plus tard s’esclaffer et trouver une citation à propos ), bref mon père, qui a passé le CAPES d’histoire pour pouvoir passer plus de temps avec ses filles. Mon père docteur en histoire, concept que je ne comprenais pas bien quand j’étais petite (soigner l’histoire me paraissait assez vain en fait). Je n’ai jamais entendu quelqu’un raconter avec autant de passion et d’humour ce qui se passe dans sa classe. Il est par exemple capable de faire un cours sur les guerres espagnoles avec l’accent espagnol (pendant 55 minutes de suite).  Il parlait toujours de ses élèves avec passion, avait plaisir à le retrouver des années plus tard, au détour d’une rue de Créteil ou ailleurs et se souvenait de chacun d’eux. Quand il racontait ses anecdotes de classe, et connaissant mon père, j’étais mi-admirative mi-choquée mi-inspirée (ça fait beaucoup de moitié mais on n’est pas matheux), bref mon père. Plusieurs fois il m’est arrivé de me dire « que ferait mon père dans cette situation ? »;

Ma mère a commencé plus tôt, je me souviens que j’allais beaucoup à l’école avec elle les dimanches après-midis, qu’elle me laissait parfois prépare son tableau et corriger les cahiers de ses élèves (disons que je mettais un petit trait rouge dans la marge lol). J’ai commencé mes stages tôt et elle m’a donné envie de devenir maitresse à mon tour. A son contact, le monde particulier de l’Education Nationale m’est devenue familier avant même d’en faire partie. Elle a toujours beaucoup travaillé, commencé institutrice, maitre formateur, directrice d’école, proviseure, avec toujours des classements excellents aux concours. Elle m’a montré qu’il est possible d’évoluer, d’avoir des missions plus importantes et plus intéressantes.

Ensuite les enseignants que j’ai côtoyé en tant qu’élève : Bien sur, il y en a beaucoup dont je me souviens à peine le nom, qui sont devenues de vagues silhouettes, quelques uns franchement mauvais ou dont je n’approuverais pas les comportements, des vieilles écoles et des à la pointe des nouvelles pédagogiques (des années 90 lol). Je sais que je n’ai pas toujours été une élève modèle et je me souviens que les profs disaient toujours la même chose de moi :  » Excellente à l’oral, mais quel manque de soin et quelle écriture brouillonne ! Carla, tu laisses parler les autres ! Carla, tu suis la lecture et tu prends la correction « . Pff, je suis encore saoulée rien que d’y penser ! Je vous passe mes années collèges et lycées où j’ai dû être assez agacante…

Je retiendrai en tout cas comme ma maitresse de CE1 Madame GRILL, dont je visualise encore la classe, qui mettait du rouge à lèvres très rouge et nous en avait mis à une récré ; avec qui nous avions fait une correspondance et qui nous avait offert des sucres d’orge… Je me rappelle également de Madame Lambinet prof d’histoire, qui est décédée depuis, mais qui nous faisait rêvé avec ses digressions et anecdotes lorraines. J’ai bien d’autres profs en tête, de français, d’italien, d’histoire, (bizarrement peu de scientifiques) pour qui j’ai eu de l’estime, de l’affection, du respect, et qui constituent aujourd’hui le kaléidoscope du prof que j’aurais aimé avoir (ou que j’aurais aimé être).

Depuis que je suis enseignante, une personne a particulièrement marqué mon esprit même si je pense qu’elle ne la sait pas, M.Louet qui était directeur d’école et que je déchargeais. J’aimais sa façon différente de voir les choses, il était très direct, très réglo, sans fioritures, avec une dégaine de rockeur, les élèves l’adoraient et le respectaient. Ils avaient une façon d’enseigner à la fois très « à l’ancienne » et très conviviale, les gamins se marraient mais ils savaient quand il fallait s’arrêter et se mettre à bosser. Je me suis souvent demandée depuis que je suis directrice comment lui aurait fait dans telle ou telle situation.

Après 10 ans de carrière maintenant, j’ai rencontré des centaines de collègues, quelques heures ou quelques années.m’a apporté un petit échange, un conseil, un regard, un point de vue qui fait l’enseignante que je suis maintenant. Enseignant, ce n’est pas un métier, c’est un sacerdoce. C’est d’ailleurs en des rares noms de métier au participe présent (avec servante ??) : on dit un coiffeur, et pas un coiffant par exemple. Parce que l’enseignant est en action, se renouvelle sans cesse, s’ajuste à l’époque, au public, à ses élèves, aux conditions,…

Le fait de devenir maman aussi change la donne, on apprend beaucoup sur le développement de l’enfant, sur les attentes des parents, on vit les devoirs et les bulletins de l’autre coté de l’estrade…

J’arrive maintenant à un « tournant » de ma carrière après quelques années sur le même poste, j’ai en gros fait le 1er tiers de ma vie professionnelle, je commence à me questionner, à me chercher et même si d’autres pistes trouvent mon intérêt, je n’arrive pas à me résoudre à faire autre chose que d’enseigner. A qui, où, pourquoi, on verra…

Bref, merci à tous les enseignants que j’ai aimé… avant… je suis devenue enseignante… maintenant

(on peut être maitresse et avoir de mauvais gouts musicaux nan ?)

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