Mon enfant est HP : c’est grave, docteur ?

  • HP/EIP/surdoué/zèbre, c’est quoi ?

Le lexique pour désigner les enfants Haut Potentiel est très varié et a évolué dans le temps selon les différents courants de psychopédagogie. Il existe plusieurs synonymes : HP ou EIP (Enfant Intellectuellement Précoce) sont les appellations plus courantes et qui ont remplacés petit à petit de « surdoués » ou « précoces », EIP étant plutôt dédiés au milieu scolaire. Le terme « douance » est plutôt issu de l’anglo-saxon alors que « zèbre » est plutôt une expression employée par les parents : l’image du zèbre est un animal très atypique (zatypiques pour reprendre le jeu de mots du Best Seller d’Audrey Akoun et Isabelle Pailleau) qui malgré ses rayures tente de se fondre dans le paysage, à l’image des enfants précoces.

Un enfant EIP c’est un QIT supérieur à la moyenne ET avec un mode de pensée « spécifique ». Etre HP n’est pas un handicap au sens premier, mais les difficultés qui en découlent (troubles des relations sociales, dyssynchronie, souvent des dys associés, décalage dans les gouts et hobbies, comportements inadaptés,…) peuvent devenir handicapantes au quotidien.

  • Le chemin jusqu’au diagnostique

Le seul moyen indispensable et fiable pour savoir qu’un enfant (ou un adulte d’ailleurs) est HP est de passer un test de QI. Le test actuel est le WISC 5 pour les enfants de plus de 6 ans. Il existe un test spécifique pour les moins de 6 ans et pour les adultes. Ne vous fiez pas aux tests qui circulent sur internet et sont aussi complets que les tests Biba  » si votre enfant aime lire : 2 points, s’il n’aime pas perdre : 1 point).

Le test se passe auprès d’un neuropsychologue. Il n’est pas pris en charge par la sécu mais certaines mutuelles en remboursent une (petite) partie. Quelques psychologues scolaires peuvent aussi les faire passer. Une partie du test est complété par les parents, parfois une partie du test peut être rempli par l’enseignant.

  • En parler : avec son enfant ? Avec les autres ? 

En général, le neuropsychologue qui fait passer le bilan dédie la dernière séance à la restitution du bilan avec les parents et avec l’enfant. Personnellement, plutôt que dire à notre enfant que son cerveau fonctionnait plus vite, nous avons préféré le terme « fonctionner différemment ». Nous ne lui rabâchons pas quotidiennement son QI mais nous le gardons en tête et avons ajusté notre comportement avec lui .

Il nous arrive d’en parler entre adultes, avec des proches ou dans le cadre de notre travail. Nous nous sommes beaucoup documentés depuis le bilan et nous le comprenons mieux maintenant.Comme beaucoup d’autres sujets où il peut être difficile de trouver des situations similaires dans son cercle de proches, il existe des groupes Facebook très actifs où les parents échangent sur leurs problématiques au quotidien et leurs questions existentielles (ou celles de leurs enfants). 

  • Un bilan qui appelle parfois d’autres bilans

Souvent, on sort du neuropsy avec le bilan en main et on se dit  » J’en fais quoi maintenant de ça ?  » (du diagnostic, pas de votre enfant).  Déjà, se poser un peu, en discuter entre parents, se documenter… Ensuite, contacter l’école qui proposera (on peut rêver, non ?) des aménagements. la découverte d’un HP s’accompagne souvent d’une mise en avant d’un « point faible » : un bilan chez un spécialiste orthoptiste, ergothérapeute, orthophoniste peut s’avérer utile. Parfois, quelques séances de rééducation peuvent nettement améliorer les compétences de l’enfant et avoir un effet cercle vertueux sur le reste de ses compétences ou de son comportement. Un suivi psychologique s’avère la plupart du temps recommandé, pas pour le diagnostic mais pour la gestion des émotions, le décalage que certains ressentent. Attention toutefois à vous tourner vers une personne vraiment qualifiée sur le sujet, pédopsychiatre ou CMP (qu’il faudra harceler régulièrement si vous voulez un entretien, mais qui a l’avantage de proposer des prises en charge de groupes et d’être gratuit…). Je recommanderai également personnellement de ne pas multiplier les prises en charge et de travailler avec un professionnel à la fois (pour ne pas saturer l’enfant et pour savoir où aller).

  • A l’école ça change quoi ?

J’ai envie de dire que ça change tout ! D’un enfant dont on pouvait dire  » Il est à part  » ,  » on ne comprend pas toujours son fonctionnement « ,  » il n’en fait qu’à sa tête… » , on pourra dire  » Il a un fonctionnement spécifique  » ,  » je vais essayer de prendre en compte sa spécificité « . Concrètement, comment ça se manifeste ? Des adaptations en classe, la mise en place d’un PPRE (Projet Personnel de Réussite Educative, qui n’est pas réservé aux élèves en difficulté) pour écrire noir sur blanc les aménagements proposés. Certaines académies ont un référent EIP (Elève Intellectuellement Précoce) que les parents ou les enseignants peuvent contacter. Il est souvent une oreille attentive et une ressource car très (très très) peu d’enseignants sont sensibilisés, formés ou juste se sentent concernés par cette problématique. Pour certains enfants, un ou deux sauts de classe voire un établissement spécialisé (il y en a très peu) sera nécessaire. Il est important d’en discuter avec toutes les personnes concernées mais également avec votre enfant.

  • A la maison ça change quoi ?

Notre leitmotiv est devenu  » ça n’excuse pas mais ça explique ». Beaucoup de ses réactions qui nous paraissaient disproportionnées, inadaptées, en décalage trouvent maintenant un nouvel écho. On arrive à reconstituer son chemin intellectuel quand il passe du A au point B en passant par E N ou Y…

On prend aussi plus de temps pour lui ré-expliquer, on essaie de l’aider dans sa gestion des sentiments et son rapport aux autres, ses points faibles par exemple en lui décryptant les sentiments et en explicitant les codes sociaux.

  • Pour aller un peu plus loin 

Le sujet commence à émerger doucement depuis quelques années voici quelques ressources intéressantes :

Un indispensable que je n’ose même pas vous présenter tellement il règne sur le sujet : Les tribulations d’un petit zèbre. Au départ, une maman de « zèbre » qui blogue sur le sujet, c’est devenu une vraie ressource et point de rencontre pour des milliers (millions ?) de parents concernés.

Niveau document pédagogique, L‘académie d’Aix Marseille a mis au point un « descriptif » avec ces repères, des indicateurs observables qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Notons également l’Académie de Corse (Salute 😉 ) qui regroupe les circulaires en vigueur et propose des documents très concrets. Un modèle pour des nombreuses circonscriptions ou même les enseignants ne savent pas ce qu’est un enfant haut potentiel…

En lecture de chevet,  « 100 idées pour accompagner son enfant HP  » ainsi que  » Les enfants surdoués, questions de parents/réponses de spécialistes » vraiment complet et concret. Mon fils quant à lui picore dans  » Au fil des émotions  » qui décrit et décrypte une cinquantaine d’émotions en créant des liens avec de jolies illustrations en prime ; C’est un peu son « anti-sèche « …

Un site qui parlera aux parents de HP mais aussi aux « autres  » l’école de la neurodiversité « , créé suite à la rencontre de plusieurs enseignants, étudiants et artistes appartenant à cette « neurodiversité unis par un seul dessein : mettre fin aux injustices et incompréhensions subis par ceux jugés trop différents pour s’intégrer correctement en société. Voici leur introduction très parlante :  » Jugeriez-vous une personne qui a une main en moins? Ou un doigt en trop? Refuseriez-vous d’aménager une tâche en fonction de ses spécificités physiologiques? La traiteriez vous de tire-au-flanc, d’incompétente, si , du fait de sa particularité, elle se voyait dans l’incapacité de de respecter votre mode opératoire? Fort heureusement, non. Alors pourquoi jugeriez-vous une personne qui ne peut pas réfléchir comme vous, parce qu’elle présente un fonctionnement cérébral particulier? « . 

Et bien sur l’ANPEIP, l’Association Nationale pour les Enfants Intellectuellement Précoces, qui développe des antennes départementales avec rencontres entre parents, conférence, conseils, etc. 

Gardons en tête que le HP ne concernent que 2% de la population, ils se sentent donc forcément différents, en décalage. A nous de les aider à s’insérer au mieux dans l’école et dans la société pour qu’ils deviennent des adultes épanouis et intégrés dans la société de demain ! 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. ptisnherissons dit :

    depuis que notre fils (qui a 14 ans aujourd’hui) a été diagnostiqué quand il était en CE, il est beaucoup plus posé. Il sait qu’il a un fonctionnement différent, qu’il n’est pas anormal car il se sentait souvent en décalage avec les enfants de son age. On a appris que son cousin était aussi EIP donc c’est devenu plus classique comme sujet chez nous. Il a sauté une classe aprés plusieurs sollicitaions, nous étions rétiscents car ne voulions pas le séparer de sa classe . Il est a ce jour, toujours en décalage intellectuellement et émotionnellement (il préfre les jeunes plus agés comme son frere ainé ) mais il en a conscience, il sait ses difficultés et nous pouvons en parler. Parfois , il faut faire attention car il a des remarques , des analyses d’adulte . Heureusement il réagit comme un ado pour certaines choses, pour nous rappeler son age.
    Nous n’avons jamais justifié certains comportements par cette différence, nous en tenons compte mais ne voulons pas le différecier dans nos exigences de parents du reste de la fratrie (il est le 2 éme sur 5) car nous lui rappelons les exigences de la société ou du systeme scolaire

    Mais, non ce n’est pas grave mais parfois un peu compliqué surtout quand on a plusieurs zébres dans la famille

  2. yoscha dit :

    oh ben zut alors.justement comme vous parliez du livre les « surdoués » et les autres, je lai acheté.. Et effectivement, jai beaucoup de mal à le lire, je ne suis pas convaincue non plus.

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