égalité filles/garçons : 10 mesures gratuites et applicables de suite pour changer l’école

Alors que la 3ème génération d’élèves ayant toujours connu l’école mixte commence à s’installer sur les bancs de l’école, et que l’égalité hommes-femmes est devenu grâce à Marlène Schiappa un réel sujet de préoccupation, l’Education Nationale aurait encore des progrès à faire dans ce domaine. . En prêtant attention à ce sujet, on se rend compte que chaque prof, chaque maitre au sein de son école peut modifier sa façon de faire et d’être en adoptant une attitude plus égalitaire entre les petits garçons et les petites filles. Voici 10 mesures entièrement gratuites, puisqu’elles ne dépendent pas de budget, de postes ou de structures, et applicable de suite chacun à son échelle :

  • Bannir l’expression  » l’heure des mamans  » : Abus de langage très courant dans les écoles maternelles, cette expression est bien sûr plus facile à utiliser que  » l’heure des mamans, des nounous, des papas, des mamies et papies, beau-parent, co-parent, assistante familiale, … ». On pourrait simplement la remplacer par  » l’heure des parents » ou  » la fin de l’école ». En parlant d’école, l’école MATERNELLE (c’est à dire qui materne) mériterait peut-être elle aussi un nouveau baptême (enfin, un parrainage républicain…) ?
  • Téléphoner aux papas en premier quand l’enfant est malade : C’est systématique, dès qu’un enfant est malade à l’école, on appelle en premier la maman. Alors c’est vrai, les mères au foyer sont beaucoup plus nombreuses que les pères. Mais beaucoup de papas travaillent en horaires décalés, et les mères actives ne sont pas forcément plus proches de l’école que les papas. En plus, contacter le papa en premier permettrait de laisser gérer au père une « situation de crise » et d’alléger la charge mentale de la maman. Je me suis rendue compte que je téléphonais beaucoup moi-même aux mamans en premier tout simplement car les mères sont placées en premier sur les fiches renseignements des écoles (mais bizarrement placées systématiquement en second rang du foyer fiscal lors de la déclaration d’impôts…).
  • Inclure les pères dans les sorties scolaires et autres sollicitations : On cherche des mamans pour accompagner à la piscine « ,  » On a besoin de gâteaux pour la fête de l’école, merci aux mamans ! « .  Les papas peuvent aussi accompagner les sorties scolaires, et vous savez quoi ? Ils adorent ça ! Alors sollicitez-les directement, inscrivez votre conjoint pour accompagner la sortie poney ou pour tenir le stand chamboule-tout. (Je n’ose pas écrire « inscrivez-vous », y aurait-il des lecteurs masculins par ici ?)
  • Surveiller son lexique : Les filles sont mignonnes, les garçons sont costauds, les filles sont des pipelettes, les garçons sont peu soigneux… Comment enfermer les enfants dans des cases ! Si on surveillait les mots que l’on emploie en s’assurant que l’on dirait la même chose d’un enfant de l’autre sexe ? Parfois même ces adjectifs (qui n’ont pour beaucoup aucun rapport avec le lexique scolaire) se retrouvent sur les bulletins…
  • Etre vigilant au harcèlement  scolaire : ça y est, on commence à parler un peu de harcèlement scolaire et c’est tant mieux ! Le harcèlement scolaire peut être aussi lié dès le plus jeune à du harcèlement sexiste voir sexuel. Lorsqu’un adulte de l’établissement a connaissance d’un fait ou que quelque chose lui arrive aux oreilles, il ne peut pas laisser passer : il faut systématiquement expliquer, débriefer, éduquer, débattre. Si dans les plus grandes classes, c’est un sujet qui empoisonne les relations entre les élèves et créé un mauvais climat, il faut mettre les pieds dans le plat en s’emparant du sujet comme projet de classe : un débat, une création d’affiche, une vidéo de prévention, une pièce de théâtre, tout peut être prétexte. Il y a un réel travail à faire, au moment des cours de sciences par exemple ou d’éducation civique et morale, sur la différence, le respect du corps de l’autre, la notion de consentement et même autour de la contraception.
  • Avoir les mêmes attentes et le même seuil de tolérance pour les garçons que pour les filles  » Elles bavardent beaucoup mais c’est normal « ,  » Son travail est très peu soigné pour une fille « ,  » Il tape parce qu’il bouge, c’est dans son ADN… ». Il parait que les filles sont plus scolaires, plus assidues, plus soignées (bah oui le ménage c’est dans leur gène !), et si on inversait tout ça ?
  • Laisser tomber les couleurs stéréotypées : Rose pour les filles, bleu pour les garçons, même les rayons des supermarchés commencent à en revenir. Alors c’est sur, c’est tentant de donner le coloriage de poupée aux filles et d’Avengers aux garçons, mais pourquoi pas l’inverse ?
  • Former des équipes de sport mixtes : Les stéréotypes de genre se retrouvent de façon flagrante à l’école dans le sport : les garçons veulent faire du foot, si le prof propose un cycle gymnastique ou danse, c’est un sport de fille (voire même « un sport de tapette, et là c’est encore un autre problème)… Il faudrait être vigilant à proposer des activités variées, à composer des équipes mixtes et équilibrées, imposer un système de répartition de la balle parfois si besoin. La présentation de femmes grandes sportives, d’équipes de foot féminines ou de champions de gymnastique peut aussi réduire les inégalités filles/garçons et faire la peau aux clichés dans le sport. Les JO sont également une très bonne occasion de prouver que l’on peut être une femme et une très grande sportive.
  • Répartir les espaces dans la cour de récréation : les terrains de sport sont tracés au centre de la cour de récréation, question pratique. C’est bien connu, ces espaces sont majoritairement occupés par les garçons (les quelques petites filles qui aimeraient y jouer sont soit déboutés soit laissent tomber car ne sont pas habillés pour courir après le ballon – en bottines ou ballerine, moins pratique qu’en baskets…). Elles se retrouvent donc sur le côté des terrains à faire des jeux qui n’occupent pas d’espace comme  l’élastique ou la corde à sauter (un jeu de bonne perdante où on laisse sa place à la copine) pendant que les garçons se défoulent en courant et s’autocongratulent à marquer des buts comme leur idole.
  • Donner des modèles et des exemples : certains exercices de manuels scolaire semblent avoir pioché leurs phrases d’exercices dans les années 50, où la cuisine et l’intérieur est réservé aux femmes et aux petites filles alors que l’extérieur, les découvertes sont le domaine des petits garçons et des hommes. C’est assez flagrant dans l’imaginaire collectif : l’infirmière est toujours une femme et le médecin est toujours un homme. Les femmes dans l’histoire et la science mériteraient aussi un chapitre entier : certes très peu de femmes scientifiques, politiques ou militantes sont passés à la postérité et on ne va pas refaire l’histoire, mais il serait intéressant d’analyser avec les élèves pourquoi il y avait si peu de femmes et quelles sont les évolutions de la société depuis. Et qui sait, créer des vocations ?

BONUS : le CNDP a mis au point un corpus d’albums de jeunesse traitant de l’égalité filles/garçons disponible ici

ça me chauffait déjà l’année dernière, sur le même sujet : où sont les pères d’élèves ?

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Carpentier dit :

    Un tout grand merci pour la liste de références traitant de l’inégalité. Cela nous permet en tant que parents de faire déjà une partie du « travail » à la maison. Concernant la partie que l’école doit prendre en charge, moi aussi j’ai été pas mal frustrée par la nonchalance de certains professeurs de mes enfants qui ne « voyaient pas le mal » : filles et garçons séparés dans les vestiaires avec évidemment le sempiternel code couleur, filles systématiquement déguisées en princesses et les garçons en valeureux chevaliers (je n’ai que des garçons, je précise), manque criant de modèles féminins dans la litérature jeunesse et évidemment classification des « aptitudes » selon le genre (je suis scientifique, je précise ;-). Je pense que ce qui manque réellement est une prise de conscience de la part des enseignants et de la direction de l’école. Nous devrions avoir des campagnes de sensibilisation sur cette problématique dans les écoles au même titre que les campagnes de sensibilisation sur l’hygiène alimentaire. Avez-vous des idées à ce sujet ?

  2. Francis Lorin dit :

    Excellente reflexion sur certaines racines de la discrimination à l’école. Pour info, la liste de 100 ouvrages pour la jeunesse (qu’on doit surtout aux chargées de Mission départementales Drôme et Ardèche plus qu’au cndp) en est à sa cinquième édition. Le blog renvoie à la première.

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