Etre parent de préma, c’est quoi ?

Je suis tombé ce matin, via les réseaux sociaux, sur des attaques envers une femme politique, jeune maman d’un bébé très grand prématuré. A qui l’on reproche, en filigrane, d’avoir été moins impliquée durant quelques semaines et d’avoir pas pris deux mois de congé maternité. Comme souvent malheureusement, les attaques de ce type viennent d’une femme. Je souhaite à ces personnes de ne pas avoir à connaitre la prématurité et tout ce qu’elle engendre, et j’aurais aimé que les attaques politiciennes s’arrêtent aux portes de la néonatalogie. Parce que être parent d’un bébé prématuré, c’est ça :

C’est une inquiétude permanente et profonde. Pas de l’inquiétude « classique » du néo-parent, non, c’est craindre le coup de fil de la réa’ ou des soins intensifs qui t’annonce qu’il faut venir tout de suite…

C’est faire le deuil de sa fin de grossesse, à son accouchement idéal, à son séjour en maternité…

C’est voir son nouveau-né branché dans une couveuse, avec une sonde naso-gastrique, des électrodes, des perfusions …

C’est devoir demander aux infirmières de pouvoir prendre son bébé dans ses bras, ouvrir la couveuse, débrancher trois fils, le scop’, l’oxygène, s’asseoir avec bébé, retrancher. Puis tout refaire à l’envers.

C’est se mettre entre parenthèses pour transmettre tout son amour et sa force de vivre à son bébé

C’est faire des allers retours incessants et quotidiens entre la maison et l’hôpital, sans oublier les ainés, la famille, la vie qui continue…

C’est arrêter de vivre pendant 48h le temps que le « pronostic vital » soit stabilisé, c’est s’entendre dire  » ne faites pas de plan pour le moment « .

C’est courir les rendez-vous de spécialistes, les pédiatres, les pneumologues les cardiologues, les orthophonistes, les psychomotriciens, …

C’est connaitre tous les dédales de l’hôpital, appeler la secrétaire par son prénom, connaitre l’emplacement de toutes les machines à café et fontaines à eau

C’est mettre un masque et une blouse pour aller voir son bébé

C’est remettre ses capacités à devenir parent en question

C’est emmener son bébé faire des prises de sang, des radios, des scanners

C’est se battre avec le CPAM pour que le congé mat’ soit pris en compte comme il doit

C’est un choc traumatique, au même titre qu’un accident de voiture

C’est tirer son lait toutes les 3 heures de jour comme de nuit, en stérilisant ses instruments

C’est faire croire que tout va bien pour concentrer ses forces sur bébé

C’est devoir parfois batailler pour faire accepter la prématurité, même si bébé ne fait pas 800g

C’est tenir le coup à l’hôpital mais pleurer avec le papa le soir

C’est chercher un mode de garde adapté puisque bébé ne peut pas aller en crèche

C’est passer des semaines avec une chambre de bébé prête à la maison qui n’attend plus que son retour

C’est traquer les microbes et les saletés à la maison, parce qu’un petit virus et c’est l’hospitalisation

C’est pleurer dans sa voiture quand la boulangère nous fait remarquer qu’elle ne tient pas sa tête

C’est guetter la courbe de poids, la courbe de taille, les minis-progrès parce qu’on craint le retard de développement

C’est se réveiller la nuit en se demandant quelles séquelles bébé va garder de son arrivée précoce, quelle structure pourra l’accueillir, comment y faire face

C’est faire face aux remarques maladroites voire violentes ( ici )

Quelque soit notre catégorie socio-professionnelle, être parent de préma, c’est ça. Et tout plein d’autres choses.

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Myriam (alias Bébé de Pau) dit :

    Chère Carla,
    Effectivement être parent de prémas c’est tout ça et tellement d’autres choses !
    Mais être parents de prémas, c’est surtout (en ce qui me concerne en tout cas) 12 ans après leur venue au monde, être parents d’enfants fort et vigoureux !
    Lors de mes (précieux) moments à côté des couveuses de mes coccinelles nées avec deux mois d’avance, j’appréciais les mots de parents qui passaient par le couloir des visiteurs (non autorisés à rentrer en néo-nat) et qui me montraient leurs enfants par les vitres en me disant… Lui (ou elle) aussi il était là ! Alors je passe de temps en temps à l’hôpital pour faire la même chose aujourd’hui avec mes « pré-ados – prémas » !
    Alors belle route et câlins à votre princesse, bisous aux grands frères et soeurs et merveilleuse vie à votre jolie famille !

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