Lettre d’une mère à une autre mère

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Ce texte a été publié sur le blog Carnets d’une mère paumée. Un très joli projet pour célébrer la journée internationale des droits des femmes : Elle a demandé à plusieurs femmes d’écrire une lettre à une inconnue, une autre femme dans une situation difficile, dont les droits sont bafoués. Allez sur son blog, vous pourrez lire plusieurs lettres, chacune d’un style différent mais toutes poignantes et engagées. Merci de m’avoir invité à rejoindre ce beau projet riche de sens ! Voici mon texte :

 

Chère Inconnue,

Je ne connais rien de toi : ni ton prénom, ni ton âge, ni ton pays d’origine. Je ne connais pas ta religion, ta nationalité. Je ne connais pas ta profession, tes goûts, tes loisirs.

Pourtant, j’entends beaucoup parler de toi en ce moment : dans les journaux, à la télé, au café du coin. J’entends des choses qui me font réagir, des choses qui me piquent les oreilles, des choses qui me révoltent, …

J’entends « On est déjà complet », j’entends « Pourquoi ils viennent chez nous ? » , j’entends « C’est trop dangereux », j’entends « On ne peut pas accueillir tout le monde », j’entends « Ras le bol des immigrés », …

D’ailleurs, tu me permettras ici une petite parenthèse sémantique :
Un migrant est une personne qui effectue une migration, c’est-à-dire un déplacement volontaire de populations pour des raisons économiques, politiques ou culturelles (définition Larousse).
Un réfugié est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de sa « race », de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte.
Le réfugié cherche un refuge. Il craint pour sa vie. Un migrant n’est pas un réfugié.

Mais revenons à toi… Toi, ça aurait pu être moi, si je n’étais pas née au bon endroit…

Un jour comme un autre, je regardais un reportage télé sur les réfugiés, donc. Avec sa caméra, le journaliste balayait à 360° le « camp ». Tu étais assise à même le sol, un enfant sans âge que je présume être le tien, se tenait dans tes bras.

Peut-être que tu lui chantais pour la énième fois sa chanson préférée, peut-être que tu tentais de le rassurer, peut-être que tu cherchais une réponse à ses questions : on va où maman ? Quand est-ce qu’on mange ? Je veux dormir. Je peux aller jouer ? Des questions d’enfant à sa maman.

Tu étais comme toutes les mamans du monde qui prennent soin de leurs enfants : attentive, inquiète et rassurante à la fois. Ton regard a croisé la caméra, et à travers l’écran, tu m’as regardée.

Nous deux, si différentes et pourtant si semblables. Deux femmes que tout paraît opposer et pourtant si semblables : elles ont donné la vie. L’amour d’une mère est universel et incommensurable.

J’ai perçu d’un coup dans tes yeux la peur, la crainte même, le froid, la faim, la lassitude. Mais tu as continué de bercer ton enfant, de jouer avec lui, de lui chantonner au creux de l’oreille. De lui sourire pour qu’il ne voit que l’amour de sa mère et pas la laideur du monde qui l’entoure.

Pourquoi ? Pourquoi des hommes, des femmes, des parents, des mères prennent le risque de traverser la méditerranée, au péril de leur vie ? Quand on a rien à perdre, on ne perd rien d’essayer. D’essayer de survivre, de fuir la misère, la guerre, la persécution, de trouver un abri, un refuge : d’être réfugié.

Quand on n’a plus rien, la seule chose qui perdure, c’est l’amour d’une mère pour ses enfants.

Quand je vois ce que vous endurez, tes enfants et toi, pour simplement aspirer à vivre, mon cœur de maman pleure avec toi.

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