La drouille en plastique, un « sèche-pleur » ?

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Quelle ne fut pas ma surprise, en déambulant dans une grande surface, de découvrir un rayon estampillé « sèche-pleur ». Ce magasin est censé me délivrer de l’optimisme, et sécher les pleurs des gens peut (à première vue) sembler être une mission noble…

Ca s’achète, un truc pour sécher les pleurs ? Pour sécher les pleurs, selon moi, il faut un câlin de son homme/un coup de fil à sa soeur/une tranche de rigolade avec les copines, et tout cela, ça ne se trouve pas au magasin du coin !  A la limite, un bouteille de vin rouge pour arroser tout ça, pourquoi pas.

J’imagine un rayon « sèche-pleurs » pour adultes : Une jupe taille 44 étiquettée 38  pour les pleurnicheuses du régime, 10 petits bonhommes en papier mâché (« Bonjour, nous sommes les 10 retrouvés ! ») pour les fraichement largués, un chéquier en bois pour les interdits bancaires, une poupée vaudou du patron pour les licenciés … Pourquoi pas ? Les adultes aussi, ils ont des larmes à sécher !

Le rayon « sèche-pleur » de ce magasin est consacré aux enfants. Enfin, aux filles et aux garçons. C’est facile, il suffit de suivre le code couleur. Les filles se consoleront avec une Barbie ou un collier, tandis que les garçons auront une mini-voiture ou des flèches. Une fille, ça doit être rose, ça doit être beau, ça doit rester à la maison pour faire à manger. Un garçon, ça doit être fier, ça doit être fort, ça doit aller vite.

Le rayon incriminé se trouve à l’entrée du magasin. Je n’ai pas compris l’intitulé : Est-ce que les enfants pleurent avant d’entrer dans le magasin, et du coup on leur achète un « sèche-pleur » pour qu’ils arrêtent leur caprice ? Ou est-ce que tout va bien jusqu’à ce qu’ils franchissent la porte du magasin, repèrent le dit-rayon, et fassent un caprice pour obtenir l’objet convoité ? L’oeuf ou la poule ?

Dans les deux cas, le parent ne réconforte pas, ne gronde pas, ne console pas, n’explique pas, ne fixe pas les règles du jeu. Il achète le silence. Il achète les larmes « arrêtez de couler, les gars, on a obtenu ce qu’on voulait, maman a cédé, papa a craqué « . Quelle image renvoit-on aux enfants ? Comment les aider à exprimer leurs émotions si un truc en plastique est censé stopper leurs larmes ?

Ces jouets, appelés dans le langage courant des parents « des drouilles » ou « des daubes en plastoc » coûtent moins de 10 euros, la plupart moins de 5. Ils feront grimper votre ticket de caisse juste un peu, vous me direz. Ils dureront juste un peu, je vous dirai. Durée de vie estimée : jusqu’à la voiture environ, enfant soigneux = jusqu’à la maison.

Vu leur prix, on ne s’attend pas à une très grande qualité et fabrication locale. Mais parlons justement du cout de ces objets Made In China, Made In Taiwan. Les enfants qui les fabriquent, ils savent qu’en Europe, ce sont des jouets pour les enfants de leur âge ? Qui sèchent leurs pleurs, à eux ?

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. T.Telle dit :

    Je n’avais pas lu avant, quelle plume ! Une vraie éditorialiste ^_^

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