IUFM : ce qu’on nous dit (et surtout ce qu’on ne nous dit pas)

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VueGenerale

 

Quand j’étais petite, j’entendais souvent ma mère dire qu’elle avait  » fait l’école normale ». Cette idée d’une école où l’on apprend des choses normales me paraissait étrange, mais pourquoi pas… Quand j’ai choisi à mon tour la voie du professorat, elles avaient été rebaptisés « IUFM » (Institut Universitaire de Formation des Maitres). Je fais partie de la dernière fournée d’instits formés là-bas, puisque depuis peu ce sont des ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education, presque l’impression de faire une grande école)…

Cette année de formation a été, du point de vue de la bringue, une super année : Un emploi du temps plutôt light qui permettait beaucoup de sorties et soirées (ou on se le permettait, je ne sais plus), une impression de retourner au lycée, une ambiance universitaire, le salaire en plus ! En prime de bonnes rencontres avec mon groupe de copines (coucou les filles!).

De cette année scolaire, je n’ai pourtant pas retenu que les soirées déguisées du mardi soir. Avec quelques années d’expérience de l’enseignement en plus (moins 3 congés maternité quand même), je porte un regard plus critique sur les discours qu’on nous tient à l’IUFM :

  • On nous dit : de nous méfier des ATSEM, qu’elles vont vouloir s’imposer, qu’il faudra les remettre à leur place… Qu’après tout, nous on a le concours alors qu’elles ne sont que des employés de mairies …

Mais on ne nous dit pas : que la majorité des ATSEM vont nous donner des tuyaux sur l’organisation de la classe, nous préparer plein de matos sympas (N’est-ce pas les 27 masques pour Carnaval, les pelotes de laines, les petits personnages à plastifier ?). Que les ATSEM connaissent bien leur classe et leur école et qu’elles regorgent d’idées, que ce sont des mines d’informations qui connaissent aussi très bien les besoins des élèves et les petites habitudes des parents…

 

  • On nous dit : le prof de français dit qu’il faut faire 15h de français par semaine, le prof de math pareil, et le prof d’histoire et de musique s’y mettent presque … Chacun roule pour sa matière et on se retrouve avec des conseils inapplicables comme traiter la seconde guerre mondiale en 15 séances.

Mais on ne nous dit pas : comment construire un emploi du temps équilibré, alterner les domaines d’activités, décompter les horaires de récréation du calcul hebdomadaires, prendre en compte le rythme chronobiologie de l’enfant … On ne nous dit pas qu’on peut équilibrer les différents domaines entre les semaines voire les périodes selon les projets.

 

  • On nous dit : de faire des fiches de séances détaillées avec compétences, objectifs, compétences transversales, etc. On en vient à faire des fiches de prep’ pour les évaluations, ridicule (Objectif = évaluer les compétences et les connaissances acquises. Déroulement = distribuer les copies, lire les consignes, passer dans les rangs pendant l’évaluation, ramasser les copies).

Mais on ne nous dit pas : Que si on fait une fiche séance à chaque fois, à raison d’une petite dizaine de séances par jour, soit 40 fiches par semaine, 15 minutes de préparation de la fiche minimum, on a déjà 10h de paperasses dans le nez sans avoir rien préparer à coté. Ingérable. Alors la fiche séance, depuis l’IUFM, on n’en a pas refait.

 

  • On nous dit : de faire du travail de groupe, de faire travailler l’oral, la compréhension, le langage. On nous montre des vidéos pédagogiques tournées au début des années 90 (les vêtements fluo verts et violet, ça ne trompe pas) avec 6 élèves autour d’une conseillère péda qui n’a pas mis les pieds dans une école depuis Matuzalem.

Mais on ne nous dit pas : que faire de 21 autres élèves ? Parce que, des CP, j’en ai pas que 6, j’en ai 15, et j’ai aussi 12 Ce1. Alors pendant qu’on fait la belle vidéo de fiction-pédagogie, j’aimerais bien savoir ce que je fais du reste de la classe ?

 

  • On nous dit : de différencier les activités de travail selon le niveau des élèves. De ne pas laisser les meilleurs sur le bas-côté. Que y’a de l’enseignement « spécialisée » pour ceux que ça intéresse par la suite mais qu’ici on parle de l’enseignement général.

Mais on ne nous dit pas : pas un mot sur les enfants « à besoin particuliers ». Dyslexiques, autistes, hyperactifs, précoces, dépressifs, en souffrance, maltraités, ils sont bien dans des classes « classiques ». Statistiquement, il y a un enfant par classe qui subit des violences à la maison. Comment on les repère ? Combien d’enfants sont en attente d’être dans la classe, dans la structure qui correspond à leur handicap et faute de place se retrouve au « mauvais endroit »? Comment on les aide ? 2 ou 3 dyslexiques par classe chaque année, on attend quoi pour proposer des animations pédagogiques sur ce sujet ? Pour nous pondre des « natation au cycle 2 » et « compréhension de textes en CM », ils sont bons, mais les enfants particuliers, on les laisse de côté, et débrouille-toi, s’ils tombent sur une instit’ motivée, elle ira chercher des infos sur internet…

 

  • On nous dit : de ne pas faire trop de photocopies, c’est mauvais pour l’environnement. De se méfier des manuels, alors on compare les manuels de lecture en faisant semblant d’en faire une étude approfondie (syllabique/globale/mixte). On nous dit que les fichiers c’est nul et que c’est trop facile d’utiliser ce type de matériel.

Mais on ne nous dit pas : que le fichier est pas si mal foutu que ça, et qu’en double niveau on sera bien content d’en avoir un pour travailler avec les CP pendant que les CE1 sont sur fichier. On ne nous dit pas qu’une fois qu’on aura acheté les fichiers, il nous restera environ 2,38 euros par élève pour l’année. On ne nous dit pas s’il vaut mieux des classeurs ou des cahiers, des grands ou des petits cahiers, cahier de français ou cahier du jour, etc. Les premières rentrées, c’est page blanche pour la liste de fournitures à commander !

 

  • On nous dit : de faire des évaluations diagnostiques, des évaluations formatives, des évaluations sommatives. Attention à la programmation de cycle, et à respecter la progression par période établie à la rentrée. Avec des notes, des compétences, des crois, des bonhommes, comme on veut tant qu’il y a un beau livret à rendre aux parents pour leur montrer qu’on a bossé. On nous dit de valider le socle commun, le B2I, le palier d’anglais, et n’oubliez pas l’attestation de sécurité routière !

Mais on ne nous dit pas : qu’on va passer beaucoup de temps à faire des « programmations/progressions », où va essayer de caser toutes les compétences du sacro-saint BO. On ne nous dit pas que les compétences, c’est bien, mais qu’un élève épanoui, c’est mieux. Que les enfants ne sont pas des mini-adultes et qu’ils ne peuvent pas avoir le même rythme. Qu’ils ont le droit d’avoir un univers serein, de se relaxer, d’écouter de la musique douce, de dessiner, de jouer, de se reposer, que c’est ça aussi l’école. Qu’apprendre le respect, la tolérance, l’entraide, c’est aussi important qu’apprendre les règles de grammaire et d’ortogrâfe (petit clin d’oeil à l’actualité).

 

  • On nous dit : que l’Inspecteur, c’est le chef suprême. L’inspectrice adjointe aussi, et la conseillère pédagogique est sa dir’ com’. Le directeur, ce n’est pas notre supérieur hiérarchique, on n’a pas d’ordre à recevoir de sa part ! Quand aux ATSEM, je l’ai déjà tout dit plus haut, tout juste la peine de leur parler …

Mais on ne nous dit pas : que les collègues, c’est important. Qu’on est bien seul dans notre classe et que retrouver un visage ami à la récré, c’est sympa. Qu’on rencontrera des cons, comme partout, mais aussi des collègues supers, avec qui on aura plaisir à discuter autour d’un café à la récré (EDIT : quand on n’est pas de service bien sûr, sinon pas de café!), à qui on apportera un gâteau le lundi matin ou des croissants le vendredi, qu’ils seront une oreille attentive et une aide bienveillante pour notre classe et pour nous-mêmes…

Vive l’école, vive les élèves, vive les collègues… et vive la récré !

 

 

 

10 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Flo dit :

    PE2B4E all over the 71 and au-delà …!

  2. T.Telle dit :

    Yes, PITOUBI4E and ever.

  3. mamounette dit :

    C est à peu près ça mais moi qui suis formateur je dis : il y a des gens qui ont pris le temps de réfléchir. .ils sont payes pour ça ! alors utilisez manuels et fichiers.
    Mais restez critiques. .n hesitez pas à rajouter votre touche personnelle

  4. aurelie cerise dit :

    bien résumé tout ça!!! et petit clin d’oeil « on a même inventé une chorégraphie à l’iufm! pe2b ferever

  5. Jutono dit :

    Pas très sympathique ce commentaire sur les atsems ! Je suis atsem et je ne suis pas du tout comme vous le décrivez, par contre je suis à la merci de l’enseignante, un vrai petit soldat pfff encore une fois, vous nous déconsidérez… Je ne vous remercie pas !!!

    1. Vous n avez pas du comprendre ce que j ai écrit ! J ai justement ete choquée de la façon dont le métier datsem est présenté à l’iufm ! Relisez !

  6. Jutono dit :

    Autant pour moi, je suis désolée je me suis focalisée sur ce que j’entends trop souvent, effectivement je n’avais pas tout lu. C,est l’enseignante avec qui je travaille qui me dégoûte de mon métier, j’en pleurerai en ce moment …

    1. C est dommage qu elle ne voit pas la valeur de votre travail !

  7. Je suis hilare à lire votre page… si ce n’était triste à pleurer d’avoir eu une telle formation initiale alors que nous manquons cruellement de formation continue ( hors natation au cycle 2 bien sûr!)… Je me retrouve complètement dans ce tableau que vous dressez et le constat sur les manuels, je confirme: à la sortie de l’IUFM, j’ai suivi les conseils de mes formateurs à la lettre!!! Jamais, moi, je n’utiliserai de manuels… J’ai tenu 3 mois.. Je ne dormais plus à force de préparer toutes mes séances, je ne voyais plus personne, hormis mes élèves, j’allais à l’école le week-end, pas le temps de regarder un film à la télé, ni même de faire les courses… il m’a fallu des petites pilules roses au bout de 3 mois pour remonter la pente… Merci qui? Merci l’IUFM!!!!

    1. ah, les fameuses « natation au cycle 2″… bon courage en tout cas, on a « malgré tout » un beau métier !

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