Naissance prématurée, dernière partie : une histoire de famille

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J’ai un peu tardé à publier cette dernière partie qui fait suite à ces textes  ici ici et là … Il est question ici de la rencontre entre les ainés et la petite, et de l’épreuve de couple qu’est la naissance prématurée…

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Aux réactions de notre entourage, dans les semaines à venir, on comprend qu’on ne nous comprend pas : « est-ce qu’elle va bien ? Mise à part le fait qu’elle respire et se nourrit à l’aide d’une machine, oui elle va bien ». « c’est un bon poids 1,9 kilos finalement ? Tout est relatif, c’est un bon poids pour son stade mais pas un poids de naissance classique » « Tu as pu grapiller les kilos des deux derniers mois du coup ! J’en aurais bien pris 15 de plus pour ne pas passer des semaines à l’hôpital » « Elle tête bien ? Euh, non elle a une sonde naso-gastrique ! » « Vous allez la voir tous les jours, mais elle elle ne s’en rend pas compte… On ne sait pas si elle s’en rend compte, mais nous on s’en rend compte ! On a besoin d’y aller ». « T’es courageuse de tirer ton lait, peut être pour rien en plus… Oui, mais c’est une des seules choses que je peux faire pour elle » « La belle-soeur de ma boulangère a eu un bébé prématuré aussi, il fait 1,80m maintenant… Je suis ravie pour eux, mais les enfants des autres je m’en fous c’est la mienne qui me préoccupe ! » « Elle est bien courageuse ! Oui, mais elle n’a pas le choix, c’est de l’instinct de survie. » Et bien d’autres. Aucune de ces remarques n’a été dite dans le but de nous blesser, et peut-être vous qui êtes en train de me lire vous demandez si vous ne nous avez pas blessé à un moment. Qu’est ce qu’on aurait préféré entendre ? On n’en sait rien finalement… 

On a été bien aidé par la famille, les proches, les amis, qui se sont mobilisés pour qu’on ait qu’à se soucier de la petite : ils sont venus garder les grands, ils ont trouvé des habits taille prémas pour qu’elle ait l’air plus « bébé », ils nous ont fait des courses… Dans ces cas-là, plus de gêne, aux classiques « si vous avez besoin d’aide … » on répond « oui, là, on a besoin d’aide ».

Les ainés ont compris tout de suite que quelque chose n’allait pas. On leur avait vendu une naissance pour le mois de novembre, et ils savaient bien qu’on était au mois de septembre puisqu’ils venaient tout juste de faire leur rentrée scolaire. Ils ont donc compris que « le bébé » comme ils l’appelaient devaient rester à l’hôpital pour finir de grandir.

Nous nous sommes posés la question de les emmener en néonat’ voir leur petite sœur : d’un coté, c’était pour nous indispensable qu’ils voient où elle était, d’un autre nous appréhendions leur réaction par rapport aux nombreux fils et surtout à la sonde gastrique. Les médecins nous ont affirmé que les enfants ne prêtaient aucune attention à l’environnement médical et se concentraient sur le bébé.

Nous avons donc emmené nos enfants à une semaine d’intervalle, hasard des calendriers de garde, rencontrer leur petite sœur. Ils avaient vu des photos, on leur avait expliqué la couveuse, l’hygiène particulière de la néonat’. Malgré toutes ces précautions, ils ont été plutôt étonnés de la voir entourée de câbles et aussi petite qu’une poupée. Plutôt intrigués aussi de devoir revetir une blouse, se désinfecter les mains, chuchoter… Ils sentaient que c’était un truc de grands, et les infirmières qui venaient leur parler de leur « petite soeur » et de leur rôle de « grand frère » ou « grande soeur » confirmaient leurs impressions, ils étaient propulsés « grands ».  Contrairement à ce qu’avaient pensé les docteurs, ils ont demandé à quoi servait chaque fil, chaque électrode, chaque machine. Nous n’avons pourtant à priori pas des enfants surdoués ni des médecins en herbe. En partant, mon fils a demandé à lui caresser la main. Je l’ai approché de la couveuse, mais au dernier moment il s’est reculé dans un sursaut.

J’ai alors repensé comment j’avais réagi moi 10 jours plus tôt en réanimation. J’avais refusé de prendre ma fille dans mes bras. Je ne sais toujours pas si c’est par peur de lui faire mal ou autre chose, mais en y repensant je ressens encore ce profond rejet, cette boule au ventre. C’était sorti spontanément, je n’avais pas réussi à faire semblant. L’infirmière avait dit « vous voulez la prendre un peu, madame ? » C’était une question réthorique, j’étais surement censé répondre « oh mais oui, bien volontiers ! ». A la place de ça, mon corps entier avait crié « non, je ne peux pas la prendre ! » Je n’avais pas dit que je ne voulais pas, mais que je ne pouvais pas, c’était au-dessus de mes forces. Il y a 24H j’étais enceinte, je commençais mon dernier trimestre. L’infirmière est restée impassible et s’est tourné vers le papa qui se tenait à coté de moi pour lui proposer de prendre notre fille contre lui.

Parfois, on sent qu’on a trouvé la bonne personne pour nous accompagner dans la vie, on le sait. Je suis infiniment chagrinée d’avoir eu à vivre cette expérience de la prématurité, mais infiniment ravie de l’avoir partagé avec mon compagnon et très reconnaissante pour tout ce qu’il a fait pour moi. Il m’a parlé pendant tout l’accouchement, pour m’emmener petit à petit à renoncer à l’accouchement idéal que je voulais. Je me souviens quand il m’a dit « tu sais, pendant l’accouchement, il risque d’y avoir beaucoup de monde dans la chambre. On pourra peut-être pas voir Olivia tout de suite ». Etait ce pour moi ou pour se convaincre lui-même qu’il parlait ? Les papas sont les grands oubliés de ce traumatisme, qui doivent jongler, écartelé entre leur enfant et leur compagne. Il m’a aidé à décrypter les machines, les bips, les alarmes. Il est allé voir les soignants quand je ne voulais pas. Il m’a encouragé à tirer mon lait en me disant qu’il était fier de moi, de la façon dont je m’occupais de ma fille. Il m’a écouté de nombreux soirs ressasser tout ça, il a séché mes larmes sur son épaule la nuit. Il m’a incité à consulter un psychologue pour déballer mon sac, m’a accompagné aux rendez-vous. Il m’a encouragé à publier ce texte. Merci, je suis très heureuse de t’avoir dans ma vie et très heureuse que ma fille ait un père comme toi.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Anouchka dit :

    Tout votre texte me fait écho… J’ai l’impression de me lire, j’ai entendu les mêmes phrases inutiles, me suis posée les mêmes questions à savoir si les grands frères devaient venir ou pas, j’ai reçu le même soutien de mon amoureux… A la différence que notre suite à nous n’est identique à la vôtre… J’ai appris la naissance de votre fille sur le mur de Marlène, je savais qu’il y avait un blog quelque part, mais je n’etais pas prête à venir vous lire, la prématurité me fait encore bcp de mal… J’ai cheminé de mon côté et ai commencé l’ecriture d’un blog (petit-soldat.over-blog), je vous souhaite tellement de bonheur avec votre douce… Et votre tribu 😉

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