naissance prématurée #4 :les soins

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Vous avez pu lire ici  ici et ici les 3 premiers textes. Celui-ci traite des soins au bébé : le tire-lait, le premier bain … et du regard que l’on peut porter sur les autres femmes enceintes. 

 

 

Le lendemain de l’accouchement, on me parle de tirer mon lait pour Olivia. Je n’avais pas compris l’utilité puisqu’elle était pour l’instant nourri avec du lait  » spécial préma « . Le fait d’avoir été relégué au fin fond du bâtiment « gynécologie-obstétrique » n’a pas aidé, puisque se procurer un tire-lait a été compliqué, heureusement le papa va vite à la pharmacie de chez nous, à une heure de là, commander un tire-lait électrique doute pompage (je renonce à utiliser le petit tire-lait manuel)…

La disposition des bâtiments est en aberration : les mamans qui accouchent mais dont le bébé est en réanimation sont au service « gynécologie ». J’ai, il y a de nombreuses années subi un IVG dans ce même hôpital, et j’ai été placé alors dans le service « maternité », à passer la nuit à attendre les bébés des autres pleurer… Peut-être que ma première « nuit » de jeune accouchée aurait été plus difficile avec d’autre bébés dans les chambres d’à côté, je ne sais pas. J’aurais aimé qu’on me parle, qu’on me demande mon avis. 

Me voilà donc, à l’autre bout de la néonat, à tirer mon lait pour éviter l’engorgement. On m’a parlé plusieurs fois du lactarium, mais il faut aller au bâtiment je sais plus quoi, les horaires d’ouverture sont très restreints. Faute d’explication, de savoir comment faire, je jette le lait que je tire dans l’évier. Une discussion avec une infirmière puéri quelques jours plus tard m’a aidé, elle m’a expliqué le protocole. Je parviens à me rendre au lactarium, la directrice nous reçoit. On me répète les mêmes consignes de bon sens, je suis avec une autre maman de mon âge. Moi qui ai bac+5 j’ai l’impression d’être en train de me faire remonter les bretelles dans le bureau de la directrice…

Pour lancer la lactation, il faut tirer toutes les 3 heures, et la fragilité du bébé préma demande de tout stériliser avant et après. Pendant nos visites à LaPoupée, il est fréquent que je m’absente pour aller tirer mon lait. Il y a une petite salle pour tirer son lait à l’entrée des soins intensifs, deux postes séparés par un rideau. Parfois on se retrouve avec une autre maman, certaines parlent, des bébés, d’autre chose, j’habite loin, c’est compliqué, ils ont enlevé l’oxygène aujourd’hui, je galère avec les ainés, tu bosses dans quoi, mais la question qui revient malgré tout sans cesse c’est « c’était prévu pour quand ? » ou « combien de SA? » « à quel terme il est maintenant ? ». Tant que la DPA (date prévue de l’accouchement) n’est pas passée, on compte comme si l’accouchement n’avait pas encore eu lieu( 29, 32+5, 33, 34…)

On se désinfecte la poitrine, on désinfecte le tire-lait, on sort le matériel des emballages uniques, on fixe les deux petits biberons sur les cordons qu’on branche à la machine, on installe ses pompes personnelles sur la machine, on tire pendant 10-15 minutes, puis sens inverse, on débranche, on recueille le lait, on étiquette avec le nom du bébé et la date, on jette les cordons, les biberons, on stérilise la machine. Et ça 8 fois par jour. Quand on est à la maison, on est réveillé la nuit par le lait qui coule sur les draps. Pas de bébé à faire téter, alors on se lève et on tire notre lait.

La seule chose qui me rattache à mon bébé, c’est le lait qui coule de ma poitrine. Je n’ai pas le ventre marqué, et quand je sors dans la rue je n’ai pas de poussette. Les femmes enceintes que je croise m’agacent, je reçois leur ventre rond comme une attaque, je les regarde avec jalousie. Elles, elles sont toujours enceintes, parfois au même stade que moi. Elles, elles sont insouciantes. J’ai envie de leur dire « moi aussi j’étais enceinte, moi aussi je viens d’accoucher ». Je passerai pour une folle, je n’ai pas de ventre, je n’ai pas de bébé. La seule chose qui montre mon accouchement est le lait qui coule dans ma poitrine. C’est la seule chose concrete que je peux faire pour mon bébé : tirer mon lait inlassablement.

Elle en reçoit 5 ou 10 ml toutes les 3 heures. Autant dire qu’avec ce que je tire, il en reste des décilitres. Je vis le lait passer dans cette sonde que je déteste, que j’imagine descendre jusque dans son mini estomac ; j’aimerais pouvoir la lui arracher comme elle l’a déjà fait plusieurs fois. Mais elle ne sait pas encore téter, et cette sonde est le seul moyen pour elle de se nourrir. Quand LaPoupée est transférée en néonat’ dans un autre hôpital, l’infirmière me propose de faire suivre mon stock de lait avec ma bébé. Je n’en avais pas besoin, car j’en avais plein, j’ai donc fait don de mon stock de lait au lactarium. Elle a été très émue et j’étais contente d’imaginer que mon lait serviraient à d’autres bébés prématurés dont les mamas ne peuvent pas, ne savent pas, comment tirer leur lait.

 

Environ dix jours après son hospitalisation, après sa naissance du coup, en arrivant dans sa « chambre » je vois une petite bassine rouge sur son étagère. Toute contente, j’imagine que les infirmières l’ont mis là pour qu’elle puisse prendre un bain, son premier bain. J’avais savouré cet instant magique avec mes deux ainés et avait hâte de le partager avec elle. Je demande donc à l’infirmière qui s’en occupe aujourd’hui si nous allons bien donner le bain à Olivia aujourd’hui. Hélas non, l’étape du bain est encore bien loin et cette bassine est simplement là car la copine de chambre qui elle prend des bains (qui restent quand même sommaires) n’a plus assez de place sur son étagère.

Je n’aurai donc pas aujourd’hui la photo du premier bain avec le papa, comme je n’aurai jamais la photo du « premier instant » de la naissance, Bébé sur moi et papa à côté. Cette image n’ira pas rejoindre un album photo mais resteront à jamais figés dans notre esprit. Les photos de naissance, c’est dans une couveuse fermée avec un masque à oxygène direction la réanimation. Heureusement son papa l’a pris rapidement en photo avant qu’elle soit appareillée. Je remercie le pédiatre qui lui a laissé quelques secondes pour figer cet instant,poupée miniature toute frêle avec son bonnet en coton… 

Le premier bain aura donc lieu quelques jours après : Dans une petite bassine, un « bain enveloppé », c’est à dire enroulé dans un lange, très rapide. Mais on est tellement contents d’avoir un accès à elle sans la barrière de la couveuse… On essaie de faire abstraction des fils, des machines, des bips-bips incessants, des autres parents autour et de simplement profiter de cet instant…

sur le même sujet : ces phrases que les parents de prémas ne veulent plus entendre

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lucie dit :

    Moi après ma césarienne ( en avance…), on m’a mis dans le service maternité. Ma chambre se trouvait juste en face de la pouponnière. J’entendais tout le temps des bébés pleurer, gazouiller et leurs mamans. Le frigo pour stocker le lait que je tirais se trouvais dans cette pouponnière. C’était vraiment douloureux et même parfois insupportable. Je ne sais pas si j’aurai préféré être dans le service gynéco mais on ne m’a pas non plus demander mon avis. Le comble a été de me forcer à participer à la réunion de « sortie » avec les autres mamans qui partaient de l’hôpital ( elles avec leurs bébés). Elles étaient toutes là, fatiguée mais comblée avec leur poupons et parfois avec le papa… Une véritable torture. Je comprends tellement ce que vous avez ressentie et vécue. Merci de le partager avec nous. Et désolée de ce (trop) long commentaire personnel.

    1. ohhh inadmissible cette réunion !! la place de la jeune maman est difficile, j’en ai parlé à la psy de la maternité qui disait pour elle le meilleur aménagement au centre la néonat’ et tout autour les chambres des jeunes accouchées !

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