famille recomposée : réflexions autour de la belle-mère

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Le terme « beau-parent » est arrivé chez nous quand nous nous sommes installés ensemble. Avant, ce n’était que « l’amoureux de maman » ou « l’amoureuse de papa ». Mais vivant sous le même toit, il fallait bien donner un titre à cette autre personne qui n’était pas son papa mais qui allait faire « comme si »… Nous avons donc un soir, parmi les cartons qui jonchaient le salon, décrété que chacun conservait bien évidemment son papa et sa maman, mais qu’ils auraient désormais un « beau-papa » et une « belle-maman » et qu’il faudrait composer avec.

Nous avons pris le parti de nous occuper indifféremment des enfants que ce soient les miens ou les siens. Certaines organisations familiales consistants à  » chaque famille nucléaire se gère  » me rendent sceptique. Je ne me vois pas habiller mes enfants et pas les siens, acheter un pain au chocolat aux miens et pas aux siens, … Bref, on se retrouve vite propulsé parent de famille nombreuse (ou parent tout court). Comme l’a dit Olivia Moore « Je me sentais leur parent mais ils n’étaient pas mes enfants », je trouve cette phrase très juste. On donne beaucoup sans jamais être sur de recevoir à notre tour.

Nous avons dans la foulée préparé la parade au fameux « T’es pas mon père/ma mère » (qui n’est pas encore arrivé tel quel mais commence à pointer son nez ) :  » Je ne suis bien évidemment pas ton père/ta mère, mais je suis un adulte avec qui tu vis donc j’ai le droit de commander ».

En quelque sorte, le beau-parent est « adoubé » par le parent biologique. Pour que les paroles soient en adéquation avec les actes, il est important que le nouveau couple parental fasse bloc dans la façon d’éduquer. Quand le beau-parent fait preuve d’autorité, le parent doit approuver, montrer à l’enfant qu’il cautionne et va dans le même sens (si c’est le cas, sinon un débrief post-couché est à prévoir!). En fait, comme dans une famille classique !

Pour autant, on n’appelle quasiment jamais son beau-parent « belle-maman » mais par son prénom. La langue française fait ici défaut, on n’a pas envie de qualifier la personne qui a pris la place de notre maman de « belle ». La langue de Molière présentée comme si riche n’a cette fois pas su trouver dans le langage courant deux termes distincts, si bien que clamer « je déteste ma belle-mère! » peut s’adresser à la nouvelle épouse de votre père ou à la mère de votre mari… CQFD.

Il existe bien le fameux « marâtre » mais les contes de fées l’ont tellement emprunté qu’impossible de l’employer sans penser à Cendrillon et au Petit Poucet … Comme l’a évoqué Bettelheim dans son « psychanalyse des contes de fées », les mères de substitution sont présentées comme maltraitantes pour que l’enfant puisse décharger ses angoisses sur une autre figure maternelle que la maman toute puissante, en général représentée par une Reine très belle, très gentille et très morte.

L’imaginaire collectif est ainsi marqué, les belles-mères ne sont que des vieilles peaux. De Blanche-Neige jusqu’à Desperate Housewives, où cette salope de Jane, en plus d’avoir un super job et un super look, vient narguer Lynette en lui apportant elle-même les papiers du divorce …

Pourtant, si l’enfant a compris (grâce aux paroles et aux comportements des adultes) que la belle-mère (ou le beau-père) ne voleront pas la place du parent « nucléaire », il peut être très enrichissant pour les enfants d’avoir plusieurs adultes qui gravitent autour d’eux et contribuent à leur éducation. Tellement d’enfants sont en carence, avoir 3 ou 4 adultes responsables d’eux, c’est une vraie aubaine.

L’amour du beau-parent est plus difficile à acquérir puisque contrairement à celui du parent, il n’est pas inné et a été fabriqué de toutes pièces. Comme avec les enfants des amis, ou les neveux, on s’y attache en les fréquentant, on connait leurs petits caractères et manies, on les surveille avec plus d’attentions que les nôtres tout en étant (au début ! ) moins sévères…

J’ai entendu dire plusieurs fois qu’il n’était pas nécéssaire d’aimer les enfants de son conjoint mais simplement de les « tolérer ». Si l’amour d’une mère ou d’un père est acquis (Quoi que je fasse, il m’aimera toujours), celui du beau-parent reste à conquérir sans cesse. Personnellement j’aurais beaucoup de mal à m’en occuper « comme de rien » si je n’avais pas d’affection pour eux. Pour moi qui étais déjà maman, qui adore les enfants, c’est un vrai plaisir d’avoir les enfants de mon compagnon et de m’en occuper. Je dis souvent  » une soeur, c’est une amie que la nature vous donne « , je pourrais dire aussi  » un beau-enfant, c’est un enfant que l’amour vous donne « . J’ose espérer qu’il en sera de même pour mes propres enfants et la belle-mère qu’ils auront peut-être un jour.

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Vervaine dit :

    Très intéressante réflexion. Je suis également « belle-mère » et ma place a été difficile à trouver. Ses enfants à lui n’étaient pas en garde alternée, donc c’était 1we/2 + moitié des vacances. Donc pas souvent, là et pas forcément plus facile à gérer.
    Plus une différence d’âge, les siens avaient 8 et 10 ans quand je suis arrivée. Très difficile de sentir ce pesant non-dit mais pensé très fort: « tu as piqué la place de ma maman ».
    L’arrivée de « la nôtre » a bien détendu l’atmosphère ! J’étais plus occupée à m’occuper de ma fille que des préados et cela leur a fait du bien que je leur lâche la grappe ! 😉 Et ils adorent leurs -maintenant 2- soeurs !
    Mais du coup, évidemment, le traitement n’est pas le même car pas le même âge ! Donc j’ai moins de scrupules à laisser mon mari se débrouiller avec « les siens » !

  2. ariane dit :

    Réflexion intéressante. Tout tient je pense dans la place que le parent biologique est d’accord pour accorder au beau-parent. Dans mon cas de famille recomposée avec 1 belle-fille en garde alternée + 1 enfant commun (mais pas d’enfant seul de mon côté), les choses sont assez déséquilibrées pour le moment. Mon conjoint continue de fonctionner de façon très bilatérale avec sa fille, sans me laisser participer. Du coup je reste « à côté » de cette relation ultra fusionnelle, et lorsque nous sommes à 4 (donc une semaine sur deux) c’est malheureusement plutôt une logique de binôme qui prévaut (lui avec sa fille, moi avec la notre). Je trouve cela très dommage, et j’espère que le temps fera évoluer les choses, mais pour le moment c’est assez figé. Peut être que cela tient aussi au fait qu’il continue d’avoir une certaine proximité avec son ex femme, au nom de « l’équilibre » de leur fille, et que du coup il y a peu de place pour une « nouvelle famille ». C’est en tout cas compliqué à vivre au quotidien 😉

  3. Merci pour ce bel post. Je vous suis entièrement.. Un commentaire bien pensé qui répond en tout à nos intérêts. Super.

  4. sandrine thiery dit :

    Je recherche des temoignages sur les enfants despotes pour m aider a faire le deuil de ma rupture….comprendre j ai du me resigner a quitter mon compagnon princesse a au le dessus j en sors humiliee laminee detruite j ai compris que le couple c etait lui et da fille de 11ans papa dormait se lavait avec sa fillle princesse a pris le pouvoir vacances loisirs en duo je restais seule….des exigences des chantages des crises impossible de me poser tout n etait qu en fonction de sa fille …echec scolaire maladie imaginaire tout y a passer. Frapper ma petite fille de 5 ans c zst chez moi ici degage……tout les caprices….executes sous l oeil attendri de papa…et il y a en ce jour ou j ai compris….la maman de la petite vient chercher sa fille papa admiratif derriere la fenetre…quelle douleur….transfert de l amour de la mere sur la fille ambiance incestuelle….la fille en perpetuelle mode seduction sur le papa gestuelles.pauses revelatrices sur le sofa avec papa….un couple
    La maman s occupe tres peu de sa fille son compagnon ne la supporte pas d un week end sur deux princesse a pris possession de la maison vient et va et me mene une vie de despote papa viens ici tu dors avec moi papa tu lui parles pas j ai droit q des insultes des coups de pied je n ai jamais retorque au mepris de ma sante a la cle une grave depression merci de votre aide sandrine
    .

  5. gazio dit :

    Bonjour,

    Je prépare actuellement une émission sur Fr3 autour de la place et du statut du beau-parent.
    J’aimerais beaucoup vous contacter. Ci-dessous mon adresse mail

    Bonne journée

    Sophie

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