Qui est encore Charlie?

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Comme ses petites soeurs 2014 et 2013, l’année 2015 était arrivée …  Comme chaque début d’année, on finissait de digérer les agapes du réveillon, on repensait en salivant à la bûche et au foie gras, on rêvait d’une perf’ de café pour tenir toute la journée au travail, on s’abritait tant bien que mal de la pluie sous le journal… Certains avaient encore des paillettes dans les cheveux et n’avaient pas défait leur sapin. On s’apprêtait à se goinfrer de galette jusqu’à la fin janvier. Puis soudain le 7 janvier. « Ils ont tué Charlie ». Plus question de cotillons, plus questions de galettes…

L’attentat contre la rédaction de l’hebdo satirique fait 12 morts et des blessés. Attaqués pour des caricatures de Mahomet, tués à la Kalachnikov pour avoir exercés leur liberté d’expression, liberté chérie, par deux voyous « radicalisés » extremistes …

Aussitôt le peuple s’émeut. Le « Je suis Charlie » se diffuse. Je suis Charlie, tu es Charlie, nous sommes tous Charlie… La majorité des français qui se convertissent instantanément en Charlie n’en n’avaient jamais lu un exemplaire, ne connaissaient ni Cabu ni les autres, parfois même pas l’existence de ce journal… Mais la France, c’est« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » On aime se rappelle « Nation des droits de l’homme » « Nation de la liberté », « On peut rire de tout » « Patrie des guignols » « Dénoncer par l’humour » « Liberté des journalistes »…

Puis l’Hyper Casher. Un détraqué qui tirent sur des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Frisson d’horreur. Des hommes et des femmes qui viennent faire leurs courses pour fêter Shabbat…  Puis le Bataclan, les terrasses de café. Des gens qui profitent du début de week end, de la douceur de l’automne, de la musique et de la bonne bouffe. La vie quoi. En janvier, on manifestait pour l’unité nationale. En novembre, on s’est crispé.  On était battu par les flots, mais on n’avait pas (encore) sombré. On avait juste peur. Avant, c’était loin, c’était des journalistes, des provocateurs. Là, c’était tout le monde, n’importe qui, le premier qui voulait profiter de la vie s’exposait à un tir de Kalachnikov. Alors on a dit « Je suis Paris »..

Un an après, ça veut dire quoi « être Charlie »? Tu te sens encore Charlie, toi?  Suis-je encore Charlie moi-même? L’ai-je vraiment été un jour, ou je me suis laissé aller au partage d’une jolie photo, presque un effet de mode? Suis-je toujours Paris ? Ai-je gardé le drapeau français en fond de mon joli selfie souriant de profil ? Si je suis Paris, suis-je aussi Palestine, Syrie, Turquie? Ai-je milité avec reporters sans frontières? Ai-je accueilli ceux qui fuient les horreurs de Daesh? On a cru quelques jours qu’on serait tous Charlie, qu’on serait tous Paris, qu’on serait tous unis…

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. burdy dit :

    Article intéressant, tu as raison , je ne pense pas que nous soyons Charlie ou Paris, c’est un élan de solidarité dans l’épreuve, une union nationale sans politique juste par empathie, solidarité, peur…

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