Digression #1 sur la naissance prématurée… l’accouchement

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EDIT : cet article a été, une semaine après sa publication, lu presque 7 000 fois ! Un énorme merci à SOS PREMA de l’avoir relayé sur son site. 

J’ai accouché de notre petite poupée à 32 SA. Elle a passé ses premières  semaines à l’hôpital  en réanimation d’abord, en soins intensifs puis en néonat’. Nous avons affronté cela à deux, tenant bon pour elle. Mais quand le bébé rentre à la maison, on se retrouve bien seuls et incompris… Alors j’ai commencé à écrire ce que j’avais sur le coeur, ce qui me tracassait, ce que je ruminais, ce que je confiais au papa le soir… Ce texte n’était pas sensé être publié; puis sous les conseils du Papa j’ai décidé de le mettre en ligne, pour que nos proches sachent notre souffrance, et pour que ceux qui ont vécu la même situation se sentent moins seuls… Ce texte est long, il sera publié en plusieurs parties (d’où le titre « digression numéro 1 » où je vous parle du choc de l’accouchement ) …

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« Bah t’es pas contente d’accoucher ? » Non, à 7 mois de grossesse, je suis pas contente d’accoucher. Il me reste deux mois, deux mois à porter mon bébé, deux mois à le faire grandir, deux mois à finir la chambre, deux mois à grossir, à me plaindre, à me regarder sous toutes les coutures avec mon gros ventre. Mais je dois faire le deuil dès maintenant, j’ai perdu les eaux et dans quelques heures je ne serai plus enceinte. Maman déjà deux fois, je n’ai pas d’enfants prématurés dans mon entourage. Quelques « copinautes » et épisodes de « Baby boom » me font réaliser que mon accouchement risque de ne pas être « normal ». En plus de ma fin de grossesse, je vais devoir faire le deuil de l’accouchement parfait. Je m’imaginais aller chercher le bébé pour la poser contre moi, le papa coupant le cordon. Je nous imaginais tous les trois dans la salle d’accouchement, la petite sur ma poitrine tétouillant tranquillement, j’imaginais le papa lui mettant sa première tenue, lui qui n’a pas encore de fille mettre pour la première fois un pyjama rose. Je nous imaginais émus au dessus du berceau, admirer notre nouveau-né. Je n’aurai rien de tout ça. Durant la nuit, je questionne la sage-femme «elle ne restera pas dans la chambre avec nous ? » « on va la mettre au sein tout de suite ? » Je comprends vite qu’elle n’est pas à l’aise. Ils ne connaissent pas l’état du bébé, elle appréhende me faire de la peine. Je n’ai pu avoir qu’une injection de corticoïdes, le rythme cardiaque est très mauvais, ils hésitent toute la nuit à passer en césarienne. Ma seule consolation est que j’ai pu faire naitre ma fille moi-même, cette minuscule championne ayant réussi à se frayer un chemin.

Au bout d’à peine deux poussées, elle sort. Je ne pleure même pas, son papa non plus. Je la trouve si petite, trop petite, et tellement bleue… je suis sous le choc. A peine le temps de réaliser qu’ils l’ont déjà emmené, je suis toujours en train de fixer devant moi, ce bébé plus petit qu’un e poupée, c’est bien le mien ? On nous a dit « c’est une fille, elle est magnifique ! », ou plutôt on nous a débitté cette phrase en accéléré, pour nous rassurer, pour combler le fait qu’elle n’ait pas crié, qu’elle soit bleue, et pour détourner notre attention pendant qu’ils l’emmènent. Il y a cinq minutes, la salle était remplie, je crois 4 ou 5 adultes, du bruit, de l’agitation, « on s’installe ! » « bipez le pédiatre ! » … un mauvais scénario d’Urgences. Cinq minutes plus tard, je ne suis plus enceinte, ma fille n’est pas là. On se regarde avec le papa, on est seuls dans la salle, complètement hagards. On ne se dit rien, on ne sait pas si elle est en vie. 10 minutes après, la porte s’ouvre, en catastrophe. Fausse alerte, juste une sage femme venue récupérer quelque chose. Puis le papa est appelé pour avoir des nouvelles. Pendant ce temps, la sage-femme en « profite » pour rechercher le placenta. J’ai les yeux embués, je renifle sans bruit, des larmes coulent, dans un silence de mort.   … la suite ici

sur le même thème : les phrases que les parents de prémas ne veulent plus entendre !

15 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Jenny dit :

    Ce texte me donne des frissons, à chaque lecture…

  2. stefnani dit :

    C’est très touchant. Je me retrouve dans la première phrase : le gyneco qui m’a annoncé le déclenchement à 34sa est venu me « consoler » en me tapotant l’épaule et en me disant « vous n’êtes pas heureuse d’accoucher? …

  3. soniap2x dit :

    Ca me ramène 8 ans en arrière ton article … maman d’un préma de 32 SA sauf que moi je suis passé par la césarienne et que je n’ai connu mon bébé d’amour que 2 jours, 12 heures et 15 minutes après sa naissance …

  4. Hln dit :

    J’ai accouché à 25sa… Je te remercie pour ce texte car l’entourage be comprend pas car « maintenant ça va » alors pourquoi ruminer? Cette expérience, cette torture de la naissance prématurée me fait encore tellement de mal 2 ans apres. merci

  5. Roxane dit :

    Je suis très touché par ce texte, je comprends tout à fait ce que tu ressens. J’ai vécu la même chose, mon fils est né à 33SA.

  6. Lucia dit :

    Alors je suis tellement comprise dans ton témoignage…
    J’ai eu pire parce que ma belle Solène est née à 6 mois et elle est la !
    Ma courageuse fille ! Je suis tellement fière !
    Ma soufrance était énorme mais ma fille est avec moi et en pleine forme !

  7. siret sonia dit :

    Merci pour ce témoignage, des mots, une histoire qui ressemble fort à la mienne , ma princesse est née par césarienne à 32 semaines je n’ai pu me confier, les personnes qui nous entourent ne comprennent pas toujours notre culpabilité , nous dire sans cesse qu’on y est pour rien ne change pas notre état d’esprit et n’apaise pas la souffrance du moment ….et comme 3 mois après elle va très bien (se sont des warriors ses petits bouts) je n’ai plus le droit de me plaindre!! alors encore merci d’avoir mis en mots ce que beaucoup d’entre nous ressentons

  8. Edwige dit :

    Merci pour ce texte, j ai accouché à 24 sa+6js, et ressenti la même chose, et les mêmes mots de la famille qui te dise ben ça va maintenant … Ou pendant l hospitalisation :  » la fille de ma voisine â eu aussi des prémas ils vont bien maintenant … » Je crois que seule les parents qui sont passés par cette épreuve peuvent comprendre la détresse qu on a , de voir son enfant lutter pour vivre, ou en tant que maman d’avoir le sentiment d’une grossesse inachevée, de ne pas avoir le bonheur de pouvoir prendre son enfant dans les bras ….(j’ai du attendre 3 semaines pour mon premier peau à peau qui à duré 10mn). Merci pour ton écrit je pense que nous sommes beaucoup à se retrouver dans tes mots .

  9. Reig dit :

    Ma fille est née à 31 semaines. Même après 5 ans en lisant ces mots je me retrouve dans cette histoire. Et après tout ce temps j ai toujours en moi ce sentiment de culpabilité. Avec la famille C est difficile de faire comprendre ce que l on ressent. Merci pour ce témoignage on se sent moins seul.

  10. lili59280 dit :

    J’ai accouché de mes jumeaux a 34sa après un long combat. Un de mes fils est sortie comme votre puce. C’est très touchant

  11. laura dit :

    J ai accouché à 31SA et même après 5mois c’est très difficile de tirer un trait sur ce qui s est passé
    Texte très touchant avec lequel on se sent moins seul face à cette épreuve de la vie
    Pour notre part la famille à été là et bien présente mais tellement déçus par des soit disant « amis »!
    Les gens croient que parcqu ils sortent de la neonat tout va bien et ben nous les premiers mois sont bien difficiles
    Seuls les parents qui passent par là peuvent comprendre le désarroi dans lequel on a été plongé pendant des mois
    Merci pour ce magnifique témoignage

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